
📜 Charte n°34
Saint-Broladre. Donation de Guillaume Goion avant son départ en Terre Sainte
📜 Guillaume Goion et la dîme de Saint-Broladre (XIᵉ siècle)
Avant de partir pour Jérusalem, Guillaume Goion, fils d’Yrfroy, donna aux moines du Mont-Saint-Michel la dîme de Saint-Broladre.
Mais son frère Hervé, héritier du patrimoine, la reprit, s’attirant excommunication et maladie mortelle.
Sur le conseil de Baldric, archevêque de Dol, et à la demande de son neveu Hugues, il restitua la dîme avant de mourir.
L’accord fut confirmé dans le chapitre du Mont, et scellé par un rituel : chaque année, un cierge triennal serait offert pour l’âme d’Hervé.
Texte latin intégral
Guillelmus Irfoii filius, Hervei autem frater, iturus Jerusalem, quamdam decimam de Sancto Broeladrio quam tenebat de Dolensi Archiepiscopo, Sancto Michaeli et monachis de Monte dedit.
Herveus vero frater suus qui ei ad patrimonium suum heres successit decimam illam monachis abstulit, pro quo sacrilegio diu excommunicatus fuit.
Tandem Dei respectu misericorditer flagellatus est et ad mortem usque infirmatus est.
Vocavit autem ad se Baldricum Dolensem Archiepiscopum, cujus monitu et consilio decimam illam reddidit; et cum benevolentia et rogatu Hugonis nepotis sui qui ei erat successor et successit, illud totum fecit.
Convenerunt autem in Sancti Michaelis capitulo, post mortem Hervei, Archiepiscopus praelibatus et Hugo; et causa illa retractata et benedictio quod a monachis postulaverat memorato, videlicet triennale unum cereum per quotquot annos anniversarium suum, rem istam taliter fieri mandaverunt, et scriptam cartulam manibus suis confirmarunt.
Testibus his:
S. Baldrici Archiepiscopi;
S. Hugonis filii Rannulfi;
S. Giraldi filii Ernald de Briendi;
S. Gildulni Dolensis Ducis;
S. Gildulni filii Haimonis;
S. Guidonis filii Rannulfi;
S. Willelmi Pincernae;
S. Eudonis Goffredi filii;
S. Eudonis Gobio;
S. Garveni Willelmi filii;
S. Alvredi de Taghan;
S. Goffredi Archidiaconi;
S. Willelmi Decani;
S. Stephani Canonici;
S. Gosfredi Gingeoni filii;
S. Hervei Dapiferi;
S. Eudonis Badoci filii.*
Traduction française fidèle
« Guillaume, fils d’Yrfroy, frère d’Hervé, sur le point de partir pour Jérusalem, donna à saint Michel et aux moines du Mont une certaine dîme de Saint-Broladre, qu’il tenait de l’archevêque de Dol.
Mais Hervé, son frère, qui hérita de son patrimoine, retira cette dîme aux moines ; pour ce sacrilège, il fut longtemps excommunié.
Enfin, par égard pour Dieu, il fut miséricordieusement châtié et tomba malade jusqu’à la mort.
Il fit venir à lui Baldric, archevêque de Dol, et, sur son conseil et son exhortation, restitua cette dîme. Ce fut fait avec la bienveillance et à la demande de Hugues, son neveu, qui devait lui succéder et lui succéda effectivement.
Ils se réunirent alors dans le chapitre de Saint-Michel, après la mort d’Hervé ; l’archevêque susnommé et Hugues décidèrent, après avoir réexaminé cette affaire, et en échange de la bénédiction que les moines avaient demandée, qu’un cierge triennal serait offert chaque année pour son anniversaire.
Cette décision fut confirmée par un acte écrit et signé de leurs mains. »
🔍 Analyse des témoins
- Irfoii = Yrfroy Goion (v. 1000)
Père de Guillaume, Hervé, et Étienne/Eon/Eudes.
Cette charte est donc l’acte personnel de Guillaume Goion, juste avant son départ en croisade.
➡️ Lien direct avec la charte “Étienne et Lucie de Matignon”. - Eudo Gobio = Eudes Goion (Éon Goion)
Variation linguistique : Gobio → Goio → Goion → Goyon → Gouyon.
Cet Eudes est probablement Éon Goion (v. 1090), connu pour son conflit avec Geoffroy de Dinan (avant 1123). - Hervé, le Dapifer (sénéchal)
Probable Hervé le Bouteiller (Butellarius), échanson héréditaire de Dol. - Gilduin, fils de Haimon
Identifié comme Gilduin de Montsorel, fondateur de l’abbaye de Vieuville. - Gilduin, “duc” de Dol
Titre probablement erroné (Ducis au lieu de Domini). Révèle soit une exagération honorifique, soit une faute de copie.
🏰 Importance historique
- Acte fondateur pour les Gouyon : Première donation attestée de Guillaume Goion, fils d’Yrfroy, donnant une dîme au Mont-Saint-Michel.
- Contexte religieux fort : Le retrait de la dîme par Hervé entraîne excommunication et maladie → restitution avant la mort, preuve du pouvoir de l’Église et des moines.
- Cierge triennal : Exemple concret d’un rituel mémoriel associé à la réconciliation.
- Toponymie : Saint-Broladre est déjà lié au Mont et à Dol au XIᵉ siècle.
- Réseaux féodaux : Témoins issus des familles Gouyon, Bouteiller, Montsorel, Dol/Combourg → mosaïque des alliances.
- Valeur philologique : Variation des noms (Gobio, Ducis), précieuse pour les paléographes.

🏰 Deux familles seigneuriales et leurs donations au Mont-Saint-Michel
Au tournant des XIᵉ et XIIᵉ siècles, Saint-Broladre se distingue comme un haut lieu féodal et spirituel, où deux familles seigneuriales d’importance marquent leur empreinte dans l’histoire de la baie du Mont-Saint-Michel :
- La famille de Trehan de Saint-Broladre, donatrice majeure dès 1075.
- La famille Goion/Goyon, souche des Gouyon de Matignon, ancêtres des Princes Grimaldi de Monaco.
Les chartes médiévales conservées dans le Titre du Mont-Saint-Michel attestent ces dons, restitués ici dans leur intégralité, accompagnés d’une traduction fidèle et de notes historiques.
📜 Charte de Trehan de Saint-Broladre (1075)
In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, amen. Anno ab Incarnatione Domini MLXXV, indict. XIII. Ego Trehan de Sancto Broaladrio concessi et dedi Deo et Sancto Michaeli de Monte et monachis ipsius loci, pro salute mea et heredum meorum et pro animabus patris et matris mea et omnium antecessorum meorum, totam decimam quam habebam in Sancto Broladrio et sepulturam et quidquid in eadem ecclesia jure hereditario possidebam…
➡️ Lien direct avec la charte “Trehan de Saint-Broladre”.
📌 Résumé historique
En 1075, Trehan de Saint-Broladre donne au Mont-Saint-Michel :
- Toutes ses dîmes de Saint-Broladre,
- Plusieurs terres précieuses (Curtis Sulcis, Busbadric, Longis Sulcis, Torpol),
- Une maison située dans le cimetière de Saint-Broladre.
Avant sa mort, il reçoit l’habit monastique des moines du Mont-Saint-Michel, scellant ses dons par un acte spirituel fort.
La charte est confirmée par Jean, fils de Riwallon (seigneur de Dol/Combourg) et l’archevêque Evenus.
Cette pièce majeure place Saint-Broladre au cœur du réseau féodal Dol – Mont-Saint-Michel dès le XIᵉ siècle.
📜 Charte de Guillaume Goion, fils d’Yrfroy (fin XIᵉ – début XIIᵉ s.)
Guillelmus Irfoii filius, Hervei autem frater, iturus Jerusalem, quamdam decimam de Sancto Broeladrio quam tenebat de Dolensi Archiepiscopo, Sancto Michaeli et monachis de Monte dedit…
(Texte latin intégral et traduction fidèlement reproduite en début de ce présent chapitre.)
📌 Résumé historique
Guillaume Goion, fils d’Yrfroy (Irfoii), partant pour Jérusalem, donne une dîme de Saint-Broladre au Mont-Saint-Michel.
Son frère Hervé, héritier, la retire aux moines, s’attirant excommunication et maladie mortelle. Sur ordre de l’archevêque Baldric, et à la demande de son neveu Hugues, il restitue la dîme avant de mourir.
L’acte est confirmé au chapitre du Mont, accompagné d’un rituel : un cierge triennal offert chaque année pour son anniversaire.
🔍 Importance des témoins : une généalogie vivante
Les témoins inscrits dans ces chartes sont des repères cruciaux pour comprendre l’histoire féodale :
| Témoin latin | Identification historique |
|---|---|
| Irfoii | Yrfroy Goion (v. 1000), père de Guillaume, Hervé, Étienne/Eon. |
| Eudo Gobio | Eudes/Éon Goion (v. 1090), variation du patronyme Gobio → Goion → Goyon → Gouyon. |
| Hervé le Dapifer | Probable Hervé le Bouteiller (Butellarius), échanson héréditaire de Dol. |
| Gilduin filius Haimonis | Gilduin de Montsorel, fondateur de l’abbaye de Vieuville. |
| Gilduin, “duc” de Dol | Erreur de scribe : Dol n’a jamais été duché, mais seigneurie puissante. |
Ces témoins relient Saint-Broladre :
- Aux Goyon/Gouyon de Matignon (future lignée des Princes Grimaldi),
- Aux Bouteiller, hauts officiers de Dol,
- Aux Montsorel et à l’abbaye de Vieuville,
- Au Mont-Saint-Michel, centre spirituel et politique.
🏰 Saint-Broladre, un carrefour féodal
Ces deux chartes révèlent l’existence simultanée de deux familles seigneuriales à Saint-Broladre:
- Les Trehan : seigneurs locaux, donateurs majeurs au Mont dès 1075.
- Les Goion/Goyon : puissante lignée féodale, ancêtre des Matignon et des Princes de Monaco.
Elles illustrent :
- La prédominance du Mont-Saint-Michel comme pôle religieux,
- Le rôle de l’archevêché de Dol dans l’encadrement féodal,
- La portée des sanctions ecclésiastiques (excommunication, restitution des dîmes),
- L’importance des témoins pour reconstituer les liens féodaux et familiaux.
💡 Ces documents ne sont pas de simples actes de donation : ce sont des fenêtres ouvertes sur la Bretagne féodale, où Dol, le Mont-Saint-Michel et leurs grandes familles structurent un territoire stratégique.
🔮 Hypothèse historique : alliances Trehan – Goyon
Ces chartes, datées de la fin du XIᵉ siècle, révèlent une cohabitation seigneuriale exceptionnelle à Saint-Broladre :
- Les Trehan, donateurs majeurs dès 1075,
- Les Goyon/Goion, souche des Matignon et des Princes de Monaco.
Leur présence simultanée, leurs donations au Mont-Saint-Michel et leurs liens avec Dol et Combourg suggèrent plus qu’un simple voisinage.
Il est historiquement plausible qu’une alliance matrimoniale précoce ait uni ces deux familles, consolidant leurs droits et leur influence dans la baie du Mont-Saint-Michel.
Ces documents esquissent ainsi une mosaïque féodale complexe, où stratégies religieuses, politiques et matrimoniales s’entrelacent dès les origines.
📅 Tableau chronologique – Saint-Broladre (XIᵉ–XIIᵉ siècle)
| Date approximative | Famille Trehan (Saint-Broladre) | Famille Goion/Goyon (futurs Matignon) | Faits marquants |
|---|---|---|---|
| v. 1000 | — | Yrfroy Goion (Irfoii) | Patriarche de la lignée Goion/Goyon, père de Guillaume, Hervé, Étienne/Eon. |
| 1075 | Trehan de Saint-Broladre | — | Donation majeure au Mont (dîmes, terres, maison) ; reçoit l’habit monastique. |
| v. 1080–1090 | — | Guillaume Goion, fils d’Yrfroy | Se prépare à partir pour Jérusalem ; donne une dîme de Saint-Broladre au Mont. |
| v. 1090 | — | Éon/Eudes Goion | Mentionné témoin ; futur protagoniste du conflit avec Geoffroy de Dinan (avant 1123). |
| Fin XIᵉ s. | — | Hervé Goion, frère de Guillaume | Reprend la dîme au Mont → excommunication ; restitution avant mort. |
| v. 1107–1130 | — | — | Intervention de Baldric, archevêque de Dol, dans l’affaire de la dîme. |
| Début XIIᵉ s. | — | Hugues Goion, neveu de Guillaume | Héritier et conciliateur ; confirme la restitution des biens au Mont. |
| XIᵉ–XIIᵉ s. | Famille Trehan : seigneurie locale stable | Famille Goion/Goyon : lignée féodale ascendante | Deux seigneuries coexistent à Saint-Broladre ; possible alliance matrimoniale. |
💡 Ce tableau :
- Montre la cohabitation et complémentarité des deux familles,
- Replace la donation de Guillaume et Trehan dans le contexte temporel,
- Souligne l’ascension des Goyon/Matignon
