Quincoubre, la Bellière, la Vicomté du Poudouvre, le moulin du Prat, la Pierre de la Rance et … les seigneurs de Coëtquen.


Aujourd’hui encore, les terres de Quincoubre demeurent prises entre la Rance et l’ancienne route menant à Châteauneuf/Saint-Malo. À l’occident, le ruisseau du Guillé — issu des terres de la Bellière — en marque la limite naturelle.
De l’autre côté de cette route, à l’orient, s’étendent les terres de la Bellière. Or tout, ici, invite à regarder ces deux ensembles non comme des entités distinctes, mais comme les fragments d’un même territoire ancien.
Le ruisseau, les pentes, le moulin du Prat — dont le bassin prend naissance au contact même de Quencombre — dessinent une continuité évidente. Rien ne semble séparer ces terres, sinon des limites tardivement fixées.
En vérité, tout porte à croire qu’avant même l’apparition de la seigneurie de la Bellière, Quincoubre et ses terres voisines formaient un seul et même ensemble.
On peut le supposer.

La terre noble de Quincoubre apparaissant dès le milieu de XII siècle, au travers du père d’Alain le Roux (Radulfus filius Riwallonis), celle-ci possédant alors déjà sa maison, sa métairie, son moulin, celui-ci fût-il, ici même assis, au travers du tout premier moulin implanté en ce lieu ?
✍️ Avant-propos
Je me détache ici de la thèse de la comtesse de la Motte Rouge, qui faisait des seigneurs de Lanvallay un simple rameau issu des seigneurs de Dinan, sans autre ascendance.
Une procédure judiciaire tenue à Little Abington, en Angleterre, et close en 1209, fournit en effet une généalogie des premiers seigneurs de Lanvallay incompatible avec cette affirmation.
À l’inverse, il est possible qu’un lien avec la maison de Dinan se soit opéré par alliance, et non par filiation directe. Alain Ier de Lanvallay, fils d’Henry, aurait ainsi pu épouser une fille de Riwallon le Roux, alors possesseur d’une partie des terres sur lesquelles s’établira le prieuré du Pont à Dinan.
La paroisse de Lanvallay n’existait pas encore.
Un pont entre Coëtquen et Lanvallay.
Je rejoins en revanche la comtesse dans son intuition d’un lien entre la maison de Coëtquen et celle de Dinan — non plus par la femme, mais par l’homme.
La présence d’Olivier de Coëtquen dans la paroisse de Lanvallay au début du XIIIᵉ siècle, la mort de son père Guillaume fils de Raoul dans la maison du prieur du Pont à Dinan, ainsi que son inhumation à Vieuville, à proximité de Jehan de Lanvallay inhumé au lendemain de 1209, dessinent un faisceau d’indices concordants.
Ces éléments, pris ensemble, suggèrent un cousinage ancien entre les deux lignages.
Le rôle de Radulfus filius Riwallonis.
Une charte relative à un don fait à l’église de Saint-Suliac par Geoffroy Ier de Dinan mentionne, parmi les témoins, un certain Radulfus filius Riwallonis.
Ce personnage pourrait être le Raoul père de Guillaume, lui-même père d’Olivier de Coëtquen.
Si cette identification est retenue, alors Alain Ier de Lanvallay, par son mariage supposé, serait à la fois gendre de Riwallon le Roux et beau-frère de ce même Radulfus.
Ainsi se dessinerait un noyau familial commun, dont les ramifications se retrouvent à la fois à Lanvallay, à Coëtquen et dans les terres de Quencombre et de la Bellière.

Vieille carte postale transmise par monsieur Jean-Luc Cottain
Quincoubre : d’un domaine seigneurial à une terre de rente.
Le nom de Quencombre — que l’on retrouve sous les formes anciennes de Quaincoubre ou Quincoubre — témoigne de l’ancienneté du lieu. La forme la plus archaïque, Quencombre, semble être celle qui se rapproche le plus de son état premier.
Au lendemain de la fondation du prieuré du Pont à Dinan, dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle, vers 1150, la terre de Quincoubre, avec son manoir, ses dépendances et son moulin, entre dans l’orbite de ce nouvel établissement religieux.
Mais il faut ici rappeler une réalité essentielle : ce n’est pas la terre qui est donnée, mais les revenus qu’elle produit.
En effet, lorsqu’un seigneur offrait un domaine à un prieuré ou à une abbaye, il ne cédait que les dîmes et les revenus attachés à ce bien. La terre, elle, demeurait entre les mains du lignage seigneurial.
Ainsi, de génération en génération, les héritiers confirmaient ces donations anciennes. Mais cette continuité n’allait jamais sans tension. Car à chaque succession, l’héritier pouvait contester ce que ses aïeux avaient donné.
C’est là l’origine des nombreux litiges opposant, durant tout le Moyen Âge, seigneurs laïcs et seigneurs religieux.
Une terre disputée sur la longue durée.
Le cas de Quincoubre en est une parfaite illustration.
Donnée au prieuré dans le courant du XIIᵉ siècle, la terre est contestée dès le siècle suivant par les descendants du donateur, comme le montre le litige opposant Mathieu, fils d’Alain le Roux, au prieur du Pont à Dinan.
Quelques décennies plus tard, c’est au tour de Raoul de Coëtquen de reprendre cette contestation, preuve que le souvenir de la possession ancienne demeurait vif au sein du lignage.
Ainsi, Quincoubre apparaît non comme un bien isolé, mais comme un héritage disputé, transmis et revendiqué sur plusieurs générations.
De la dîme à la ferme : la rupture du XVIᵉ siècle.
Plusieurs siècles plus tard, après 1568, un changement profond intervient.
La terre de Quincoubre est alors aliénée par et pour Jehan Ledean, sous fermier du prieuré, chargé de la gestion de ses biens temporels assis en Pleudihen et en Miniac. Par cette opération, les revenus de Quincoubre quittent définitivement le domaine du prieur pour entrer dans celui d’un exploitant privé.
L’acte de vente n’a pas été conservé. Mais un indice ne trompe pas : après cette date, Quincoubre disparaît des aveux et dénombrements du prieuré.
Le système de la ferme.
Le fermier général n’était pas un simple gestionnaire. Il prenait à ferme l’ensemble des biens du prieuré en échange d’un paiement fixé à l’avance, versé en argent ou en nature.
Ce système reposait sur un équilibre fragile :
– le prieur percevait un revenu stable
– le fermier assumait les risques et conservait pour lui le surplus éventuel.
Il pouvait lui-même déléguer certaines terres à des sous-fermiers, ou laisser leur gestion directe aux tenanciers locaux.
Ainsi, la logique médiévale de la dîme se transforme progressivement en une économie de rente, où le lien entre la terre et le lignage originel s’efface peu à peu.
Jehan entrera dans sa ferme en 1568 comme « sous fermier » de Guillaume Ferron, seigneur du Chesne-Ferron en saint-Carné et alors le fermier général du prieuré du pont à Dinan.
Mathieu fils d’Alain le Roux et l’apparition de Quincoubre – la Bellière
L’apparition de la terre de Quincoubre remonte au milieu du XIIᵉ siècle. Elle nous est révélée au travers d’un litige opposant Mathieu, fils d’Alain le Roux, au prieuré du Pont à Dinan.
Mathieu, né vers 1170, est le fils d’Alain dit le Roux, lui-même né vers 1140. L’aïeul de Mathieu, père d’Alain, doit donc logiquement être placé autour des années 1100-1110. C’est à ce dernier que semble devoir être attribuée la donation originelle : celle des revenus de la terre et du moulin de Quincoubre, offerts en aumône perpétuelle au prieuré de la Magdeleine du Pont à Dinan.
Fondé vers 1100, ce prieuré aurait ainsi reçu cette donation environ un demi-siècle plus tard, vers 1150, soit à la génération même de cet ancêtre.
Mais voilà !
Au tournant du XIIIᵉ siècle, Mathieu et ses frères contestent cette donation ancienne. La discorde, portée devant Guillaume, archidiacre de Dol, trouve sa résolution dans un acte de conciliation : Mathieu reconnaît le bien-fondé de la donation faite par ses aïeux et jure de ne plus la contester. En échange, il reçoit dix sous, somme destinée à sceller la paix et à prévenir toute contestation future.
Ainsi se rejoue un schéma bien connu : celui d’un héritage accepté par les ancêtres… et contesté par les descendants.
Une terre tenue par les Coëtquen
Si les revenus de Quincoubre relèvent du prieuré, la terre elle-même demeure entre les mains du lignage seigneurial.
À partir de la fin du XIIIᵉ siècle, et jusqu’au-delà de 1543, Quincoubre — avec sa métairie, son moulin et son manoir — apparaît comme relevant directement de la seigneurie de Coëtquen. Le prieuré ne tient alors ce bien que par les droits qui lui ont été concédés, tandis que la possession foncière reste aux Coëtquen.
Un acte de 1292 mentionne explicitement un manoir à Quincoubre, preuve de l’importance seigneuriale du lieu. Ce manoir devait se situer à l’emplacement de l’actuelle maison noble, à proximité immédiate de l’ancienne métairie. Une nouvelle demeure, accompagnée de son colombier, y sera édifiée en 1718 par Bernard de la Ponthaye.
L’aveu de 1543, quant à lui, ne mentionne plus que la « métairie », terme qui semble alors englober l’ensemble du domaine : terres, moulin et habitation, réunis en un seul tenant d’environ douze journaux.
Une origine commune ?
Mais une question demeure
Quels liens peuvent unir Mathieu, fils d’Alain le Roux, aux seigneurs de Coëtquen, eux-mêmes descendants de Raoul fils de Riwallon le Roux ?
L’aïeul de Mathieu, premier donateur de Quincoubre, appartient à la même génération que ce Raoul, fils de Riwallon. Tous deux s’inscrivent dans les années 1100-1110.
Dès lors, une hypothèse s’impose.
Cet ancêtre de Mathieu pourrait-il être lui aussi un fils de Riwallon le Roux ?
Si tel était le cas, Riwallon aurait laissé :
– une fille, épouse d’Alain Ier de Lanvallay,
– un fils, Raoul, ancêtre des Coëtquen,
– et un autre fils, père d’Alain le Roux, à l’origine de la lignée de Quincoubre et peut-être de la Bellière.
Mais en vérité… tout peut laisser penser que ces deux lignées ne furent qu’une seule et même, issue de ce Raoul fils de Riwallon.
Ainsi, Raoul serait à la fois l’ancêtre des Coëtquen et celui de Mathieu fils d’Alain le Roux.
La Bellière : un miroir de Quincoubre
Aujourd’hui encore, les terres de Quincoubre font face au château de la Bellière. Une simple route les sépare. Le ruisseau du Guillé, issu des terres de la Bellière, traverse Quencombre avant d’alimenter le moulin du Prat, situé en limite des deux domaines.
Rien ici n’évoque une séparation originelle. Tout, au contraire, suggère une unité ancienne.
La seigneurie de la Bellière apparaît dans les sources au début du XIIIᵉ siècle, notamment au travers de Raoul Ier de Dinan, époux de Philippa, héritière de ces terres. Mais dès 1206, un certain Hamon de la Bellière est cité comme primicier de la collégiale de La Guerche.
Ce Hamon, sur le seul plan générationnel, pourrait être le père de Philippa. Mais la proximité immédiate de la Bellière avec Quincoubre permet d’aller plus loin : ne pourrait-il pas être également parent — voire frère — de Mathieu fils d’Alain le Roux ?
Et là… tout se réunit.
De la Bellière à Tiphaine Raguenel
Dans un acte de Juhel de Mayenne, époux de Gervaise de Dinan, Dame de Lehon, Raoul 1er de Dinan, époux de Philippa, seigneur de Montafilant et du Poudouvre, sera nommé « Vicomte de Dinan ». Ici le titre de « Vicomte de Dinan » ne semble devoir être qu’un simple titre honorifique donné à Raoul en tant que fils puisné de la maison de Dinan.
Philippa et Raoul 1er auront pour enfant héritier Raoul II. Raoul II voyant le jour vers 1220-30 il prendra le titre de Vicomte de la Bellière et de Dinan.
Par le mariage de Raoul Ier de Dinan et de Philippa, la Bellière entre dans la sphère des Dinan. Leur petit-fils Guillaume, vicomte du Poudouvre, fait édifier le château actuel au XIVᵉ siècle. Et c’est en ce lieu que naît Tiphaine Raguenel, héritière de la Bellière, qui par son mariage avec Bertrand du Guesclin, connétable de France, fera entrer cette seigneurie dans une nouvelle histoire.
De fait Tiphaine était née du mariage de Robin III Raguenel, seigneur de Chateau-Oger, et de Jeanne de Dinan, la propre fille de Guillaume. Héritière de la Bellière Tiphaine par son mariage apportera ainsi à Robin la Vicomté de la Bellière.
Le 03/11/1329 Guillaume donnera au monastère des Jacobins de Dinan une mine de froment à prendre sur ses biens de Pleudihen. Il venait de rédiger son ultime écrit
Mais Guillaume meurt au château de Lanvallay.
Pourquoi là ?
La réponse se trouve peut-être dans les liens anciens unissant les lignages de la Bellière, de Coëtquen et de Lanvallay. En effet lorsque la nièce de Tiphaine, aussi nommée Tiphaine, fille de Guillaume Raguenel et de Janne de Montfort, épouse Raoul II de Lanvallay, ces liens se referment.
Ainsi, la mort de Guillaume à Lanvallay n’apparaît plus comme un hasard… mais comme le dernier écho d’une parenté ancienne.
Tiphaine ne laissera de Bertrand aucun héritier et la Vicomté de la Bellière sera donc reçue par Tiphaine, sa nièce, Guillaume la recevant aussi au titre de leur union.
Conclusion : Et ainsi, de Quincoubre à la Bellière, de Mathieu à Raoul, de Riwallon à Tiphaine…
👉 se dessine un même territoire
👉 un même lignage
👉 une même mémoire
Pleudihen : la matrice oubliée
Avant même que n’apparaissent les paroisses de Lanvallay, de Saint-Solen, de Tressaint ou encore de Saint-Hélen, un seul et même territoire structurait cet espace : celui de la paroisse primitive de Pleudihen-sur-Rance.
Assise en le Racter, à la limite occidentale du pays de Dol, bordée par la Rance et venant buter sur les terres du futur pays de Dinan, cette paroisse formait un ensemble ancien, cohérent et pleinement structuré.
En vérité, tout était déjà là.
Mais voilà !
Aux XIᵉ et XIIᵉ siècles, cet ensemble se fragmente. Et de ce noyau originel naissent progressivement :
– Tressaint,
– puis Lanvallay,
– puis Saint-Solen,
– enfin Saint-Hélen.
Et ainsi de nouvelles paroisses apparaissent… mais les terres, elles, existaient déjà.
L’éclatement du territoire et des droits
Cet éclatement n’est pas seulement religieux. Il est aussi seigneurial car les terres qui composent ces nouvelles paroisses étaient déjà possédées, exploitées et organisées.
Ainsi :
les hauteurs de Lanvallay sont occupées avant même la paroisse, Coëtquen existe avant Saint-Hélen, et Quincoubre et la Bellière sont déjà structurées.
👉 Les paroisses ne créent pas les seigneuries.
👉 Elles viennent découper un territoire plus ancien.
Raoul fils de Riwallon : le noyau originel
Au cœur de ce système se tient une figure centrale : Raoul, fils de Riwallon le Roux. Et tout porte à croire qu’il détenait un ensemble territorial continu :
– la vallée de la Rance au Pont à Dinan,
– un ensemble sur le plateau futur de Lanvallay,
– Quincomubre,
– Mordreuc,
– et les terres de la future Bellière.
Mais cet ensemble ne se comprend pleinement qu’à travers deux indices majeurs.
Mordreuc : la continuité territoriale
Le village portuaire de Mordreuc, directement en contact avec les terres de Quincoubre, constitue un point clé. On sait qu’Olivier de Coëtquen y possédait des dîmes seigneuriales. Olivier offrira en effet les dîmes de Mordreux au chapitre de Dol pour l’entretien de la chapellenie Notre-Dame assise en la cathédrale de Dol.
Et ce fait est essentiel car il relie directement Coëtquen, Quincoubre et le littoral de la Rance au sein d’un même espace de pouvoir. Ainsi, la présence des Coëtquen à Mordreuc confirme qu’ils ne sont pas de simples détenteurs isolé mais les héritiers d’un territoire ancien, déjà structuré.
Guillaume II son fils, époux de Janne de Rostrenen, empreinte en 1267 une somme d’argent à l’évêque de Dol ainsi qu’à son Chapitre. Et au titre des intérêts il leur abandonnera ses dîmes de St-Helen ainsi que celles relevant de la forêt de Coëtquen.
Brachessac : la preuve familiale
Mais plus encore…
Les moulins de Brachessac en Lanvallay, assis en face de l’abbaye de Lehon, viennent sceller cette lecture. Et ils réunissent en autres personnages, dans un même dossier :
– Radulfus de Lanvallay et Olivia, son épouse
– Renaut de Lanvallay, son fils présumé,
– Raoul II de Coëtquen (fils de Guillaume II susdit et époux de Margerie)
– et Raoulet, son fils mineur.
De fait Raoul II en 1295 avait demandé un prêt d’argent à l’abbaye de Lehon. Et au lendemain de cette demande Raoulet mineur, Raoul son père, et Renaut de Lanvallay tuteur de Raoulet, reconnaîtrons tous trois que les lettres de l’abbaye de Léhon, toutes relatives aux moulins de Brachessac, devaient alors prendre leur plein effet.
En 1299, alors déjà veuve, Olivia renonce en faveur de l’abbaye de Lehon sa neuvième part relative aux droits de mouture ou de foulage s’appliquant sur les moulins de Brachessac.
Et lorsque Raoulet est placé sous la curatelle de Renaut de Lanvallay, alors même que son père est encore vivant, ce n’est pas un hasard. En vérité c’est un indice.
Un indice d’imbrication qui implique :
– des intérêts
– des droits
– et des lignages
Et là… Tout se rejoint.
Car ces moulins montrent que les Lanvallay et les Coëtquen agissent comme un même groupe familial élargi. Et cela de l’unité à la dispersion.
Et ainsi… Ce qui n’était qu’un territoire unique fini par se fragmenter. Et ainsi :
– Les terres se divisent.
– Les héritiers se dispersent.
– Les noms changent.
Mais les liens demeurent. Et de ce même noyau semblent ainsi issues :
– la lignée de Lanvallay,
– celle de Coëtquen,
– celle de Quencombre,
– et celle de la Bellière.
🌿 Conclusion :
En vérité ce n’est pas seulement une paroisse qui s’est divisée.
👉 C’est un territoire.
👉 C’est un lignage.
👉 C’est une mémoire.
Et de cette fragmentation est née toute une aristocratie locale, dont les traces — à Mordreuc comme à Brachessac — témoignent encore aujourd’hui.

La saga des sieurs Ledean de Quincoubre
👉 Une famille élargie
Au cours de la seconde moitié du XVIᵉ siècle, la terre de Quincoubre entre dans une nouvelle phase de son histoire.
En tant que « possession » elle tombera ainsi entre les mains du noble homme André Ledean puis déposé entre celles de son propre neuve, Olivier, fils de Pierre et petit-fils de Jehan Ledean, tous trois qualifiés de « noble homme et de maître ».
Jehan de fait, en 1568, a été retenue pour être le sous-fermier de toutes les dîmes relevant et de Pleudihen (Quincoubre) et de Miniac. Il devient ainsi le sous-fermier de Bertrand Ferron du Chesne, seigneur du Chesne-Ferron ; celui-ci est alors le fermier général du moment.
Le village de la Chapelle, ou de la Chapelle Mordreuc, et sa terre de la Pichonnais, tous deux touchant Quincoubre, seront le bien de Jehan susdit puis, au lendemain de celui-ci, celui de ses fils et petit-fils ; à l’époque de ces fils et petits-fils, en parlant des Ledean, on parlera des « sieurs de la Chapelle, de la Pichonnais et de Quincoubre ».
Les sieurs Ledean, écrit aussi parfois Ledoyen, font ainsi partie des grandes familles dinanaises alliées à la Robe ayant participées à l’écriture de l’histoire sociale de Dinan.
Leur plus vieil ancêtre Ledean ayant eu enfants, enregistré dans les B.M.S de Dinan, fut effectivement notre noble homme Jehan Ledean, sieur de la Chapelle et de la Pichonnais donc. Jehan naît vers 1540.
De fait la Chapelle sert ici à designer la Chapelle Mordreuc, petit hameau formant l’une des extrémités du village portuaire de Mordreuc.
Uni à Laurence Agan Jehan semble avoir eu pour beau-frère Gilles Agan, prieur de Tressaint, celui-ci baptisant le 21/06/1571 Gilles, son fils.
Parmi les autres enfants de Jehan nous pouvons noter l’existence de Pierre, qui va suivre, et l’existence de Barbe. Celle-ci prendra pour époux l’écuyer Pierre de Tremereuc, seigneur de Tremereuc.
Pierre, devenu maitre à son tour par la Robe, prendra union dans la très bourgeoise famille cotissoise (nom que l’on donne aux habitants de Lanvallay) des Lerenec en prenant, pour épouse, Hardouine Lerenec. Les Lerenec en ce temps furent aussi possesseur de la Landeboulou, en Lanvallay.
Jehan semble avoir eu pour frère Gilles puisque celui-ci, aussi sieur de la Chapelle, nommera le 22/04/1599 Alain Ledean, le fils de Pierre. Mais Jehan semble avoir eu également un autre frère en la personne d’André Ledean, celui-ci dit sieur de Quincoubre par sa possession de Quincoubre. André en effet nommera à son tour un autre enfant de Pierre et d’Hardouine, Olivier nommé le 27/03/1603. Et l’épouse d’André ne sera pas moins que Magdeleine de Villadiego ; elle était originaire de Villadiego, ville située dans la province de Burgos, en le nord de l’Espagne. Dinan dès le XV siècle exportera sa draperie à l’extérieur, jusqu’à Cadix
André et Magdeleine, sans enfant il me semble, transmettront à Olivier susdit, noble homme, fils de Pierre, la terre noble de Quincoubre.
Maître Gilles ci-dessus cité, nommé en 1571 par le prieur de Tressaint, son oncle, héritera de Jehan son père des dites terres de la Chapelle et de la Pichonnais. Prenant union dans la noble famille des De Serville, celle-ci aussi possesseur en Lanvallay, il sera de sa charge avocat au Parlement de Rennes.
Et l’un de ses enfants, Raoul, aura pour parrain le 17/10/1611 Raoul Marot des Alleux celui-ci ayant été anobli par le Roi Henry IV pour avoir ouvert les portes de la Ville de Dinan à ses gens en armes du roi. Nous étions alors sous la Ligue.
Raoul héritera à son tour de la Chapelle/Pichonnais. Et l’un de ses enfants, Louis, aussi né noble homme, sera nommé le 09/07/1640 par messire Louis Du Breil, seigneur de la terre et du château de Chalonge, en Trévron. Louis à son tour héritera de la Chapelle/Pichonnais. Il prit pour époux Claude de Chateaubriant.
De fait le père non cité des frères Jehan, Gilles, et André, respectivement sieur de Chapelle/Pichonnais pour Jehan, sieur de Quincoubre pour André, fut très certainement lui aussi assis à la Chapelle Mordreuc.
👉 Les biens du prieuré sont progressivement aliénés.
Dans un aveu rédigé le 21 juin 1543, pour la venue de messire Jehan Le Clerc, le nouveau prieur commandataire retenu pour notre prieuré, la présence de Quincoubre sera une nouvelle citée dans les biens relevant du temporel de celui-ci : …Item une mestairye siize et estant la paroisse de Pludihen nommée Quencombre estante en ung mesme tenant contenant le tout douze journaux de terre, joignant dung coste au chemin par lequel lon va du Moullin de la Belliere au bourg de Pludihen et dautre coste et bout au chemin par lequel lon va du di Chemin a la riviere de Rance quelle mestairye touttefoiz le sieur de Cresquen (Lire Coëtquen) dit estre tenue de luy. Par devant nous notaires et tabellions ducaul Receuz et jurez en la cour de Rennes, a este present devant Nous en personne venerable et discret messire Sebastien Thomme, tesorie et chanoine de Rennes, procureur du dit Messire Jan Terin prieur commandataire surdit lequel, audit nom, est confessant le dit prieur commandataire tenir prochement en fief amorty, de nostre dit seigneu Le duc, les dites choses cy-davant declarees et contenues…
Il en sera toujours de même le 19 juin 1556 pour la venue de Messire Pierre Ferron, le nouveau prieur commandataire : … Item, en la paroisse de Pleudihen, environ dix journaux de terres appelléz « les terres de Quincoubre, joignant d’une part le grand chemin de Dinan au bourg de Pleudihen-Ville de Chasteauneuf, d’aultre part la rivière de Rance, d’autre le villaige de La Chapelle Mordreuc, vallant et son revenu par chacun an vingt boyceux fromant, mesure de Dinan…
Les années établies entre 1556 et 1613 verront la vente de certains biens ou revenus temporels de notre prieuré. Ainsi à Taden, le bailliage de Jossais, tenu en sous-ferme par le possesseur terrien De la Brosse, sieur de la Jossais, se verra diminuer de 20 boisseaux de froment lesquels sont vendus à Julienne Gallier, veuve de l’écuyer Guillaume Ferron, seigneur de Beauchesne, neveu du susdit Pierre Ferron celui-ci prieur du prieuré en 1556.
L’Histoire retiendra que Hamon fut aussi le frère puisné de Guillaume et de Bertrand. Et Bertrand sera le fermier général du prieuré pendant quelques baux renouvelés avant que naisse l’année 1568.
Hamon, celui-ci se dirigeant vers les études scholastiques voulant marcher sur les pas de son oncle, et n’ayant point l’argent suffisant pour les financer puisque puisné de Bertrand, demande à celui-ci, alors déjà en ferme générale du prieuré, de lui avancer l’argent nécessaire pour pouvoir les suivre. Tous deux concluent un accord : Hamon s’engage, lorsqu’il sera le nouveau prieur établi au Pont à Dinan, à rembourser sa dette au travers sa propre gestion du prieuré.
Le fit-il ?
Hamon fut lui-même l’oncle de Guillaume lequel, fils de Bertrand, sera le prêtre de la paroisse d’Evran.
👉 Une disparition révélatrice
Toujours est-il que Quincoubre en tant que bien temporel, et non en tant que revenu temporel, sort définitivement de la cassette du prieuré. Ainsi, un aveu rédigé en 1613 pour le Frère Jan Horis, religieux profès bénédictin, sous lequel les biens temporels sont désignés comme formant un « fief de haubert », montrant ainsi le caractère d’une noblesse affirmé pourvue du droit de haute, de moyenne, et de basse justice, ne parle déjà plus de Quincoubre.
Donc Quincoubre, en 1613, fait partie intégrante des biens temporels déjà aliénés et disparus de tout aveu entre 1556 et 1613. En vérité cette aliénation se fera entre 1568, année en laquelle Jehan devient sous-fermier de Quicoubre, et 1603 cette dernière année étant celle en laquelle André Ledean, frère de Jehan, sera dit « sieur de Quincoubre ».
Et Jehan en 1568, sieur de la Chapelle et de la Pichonnais, entrera en la possession de sa sous-ferme. Il sera alors le tout nouveau l’un des sous-fermier du fermier général du prieuré.
Et Hamon sera le prieur du prieuré de 1582 à 1612.
Lorsque cette vente fut faite est-ce que le sieur de Coëtquen d’alors était toujours le possesseur terrien de Quincoubre ?

1631
Julien Artur, seigneur de Launay
En 1631, les terres, la maison et la métairie noble de Quincoubre, ainsi que l’ensemble des biens temporels du prieuré du Pont à Dinan, sont affermés à Julien Artur, seigneur de Launay, noble Malouin résidant à Saint-Malo.
Né « noble homme », Julien Artur appartient à une famille enracinée dans le négoce malouin. Il incarne parfaitement ce type de profil que les prieurs semblent alors privilégier : des hommes à la fois liés au commerce, à la finance et aux réseaux urbains.
Mais voilà !
Notre étude de Quincoubre le montre clairement :
👉 le prieur ne choisit jamais au hasard.
Ses fermiers généraux sont presque toujours issus :
– soit de la Robe,
– soit du Commerce.
Et la fin du XVIIIᵉ siècle le confirmera encore, avec maître Pierre Salmon, marchand tanneur au Pont à Dinan, chargé pendant plusieurs baux successifs de la gestion du temporel.
Mais Julien Artur ne gère pas seul.
Il sous-afferme partiellement sa ferme, notamment Quincoubre, à Jan Lecointre et à son épouse Guillemette Ferrat, tous deux résidant en la paroisse de Pleudihen-sur-Rance.
👉 On retrouve ici le double niveau classique :
– un fermier général
– et des exploitants locaux
Julien Artur est par ailleurs solidement inséré dans les réseaux familiaux locaux. Époux de Simone Serizay, fille de Thomas et de Carize Gicquel, sieurs du Ruzy, il est directement lié à la famille Serizay, elle-même implantée à Lanvallay, notamment à Grillemont. Et les deux époux s’unissent à Dinan le 17 août 1620.
Mais l’histoire des Artur remonte bien plus loin.
La famille est maintenue dans sa noblesse d’ancienne extraction en 1773 par arrêt du Parlement de Bretagne, après avoir démontré onze générations de filiation.
Elle se rattache à Jean Artur, sieur du Stang, en Fouesnant, déjà mentionné à la réformation de 1427.
De cette souche descendent plusieurs branches, dont celle de la Motte, installée à Saint-Malo, mêlant activités marchandes et ambitions nobiliaires.
Le père de Julien, Julien Artur sieur de la Motte, marchand malouin, en est une figure marquante. Fait prisonnier lors des troubles de la Ligue et rançonné à 3 000 écus, il incarne ces hommes à la frontière du commerce, du pouvoir et de la guerre.
Ainsi…
Lorsque Julien Artur prend à ferme Quincoubre en 1631, il n’est pas un simple gestionnaire.
👉 Il est l’héritier d’un réseau. Un réseau : Familial économique et politique
🌿 Conclusion
Et ainsi…
Après les lignages anciens, après les contestations médiévales :
👉 vient le temps des réseaux.
Mais en vérité…
👉 ce n’est pas une rupture.
C’est une transformation.
Et le prieur, lui…
👉 savait parfaitement à qui confier ses terres.

Edifié en 1884 à la demande de monsieur Henry Marion voilà l’actuelle Gentilhommière de Quincoubre.
Henry Marion sera maire de Pleudihen de mai 1904 au 5 mars 1911.
Marguerite de Gaudrion descendait de N. H. Julien de Gaudrion, fils de François de Gaudrion et de Guyonne du Breil, François décédera en 1710 en sa demeure des Clos Fautrel, toute proche assise en Pleudihen. Au titre de son union, contractée avec Bernard Ponthaye, Marguerite apportera en dote à son époux la terre du Clos Fautrel dont elle était héritière.
De fait les « De Gaudrion était une vieille famille déjà établie en Pleudihen, dès le XVII siècle, habitant en 1670 leur noble Maison de la Villemorvz. En la première moitié du XVIII siècle, dès 1718, ils seront possesseurs de la Maison noble de la Ville-Gicquel en laquelle alors ils demeureront …La premiere est une sentence rendue par les commissaires de la generalité du Berry, pour la verification des tiltres de noblesse, par laquelle Jacques de Gaudrion, escuyer, seigneur du Mouceau, ayant sufizemment verifiez son extraction de noblesse, auroit esté ordonné qu’il jouiroit des privileges, franchizes et exemptions attribuees aux nobles du royaume, en datte du 23e Mars 1539…
La saga des sieurs Bernard de la Ponthaye.
👉 Pendant tout un pan du XVIII siècle, et cela avant que ne naisse la Révolution française, seront ici même à Quencombre propriétaires les Bernard de la Ponthaye. En fait ils le seront dès le lendemain des dits Ledean.
Et cette nouvelle famille implantée dans les murs de Quincoubre sera aussi largement pourvue par la Robe.
Le sieur Ponthaye Bernard, aïeul de René Bernard de la Ponthaye ci-dessous cité, sera en l’année 1720 en charge du « Rolle de la Capitation de la noblesse » pour l’Evêché de Dol.
Il était de fait le Receveur du roi pour tout le Pays de Dol. Et à ce titre il sera chargé de la collecte, après la répartition de cette somme à percevoir, des 3424 livres que messieurs les gentilshommes, leurs veuves, enfants et domestiques de l’évêché de Dol devaient annuellement payer pour leur capitation. Pour la présente année de 1720 les domestiques étaient à la charge de cette même noblesse.
👉 Tout laisse à penser que c’est ce premier sieur « Bernard de la Ponthaye » qui fut à l’origine, en 1718, de la construction de l’actuelle Maison de Quencombre, métairie et colombier compris.
Comprenant maison noble et moulin édifiés à partir de 1718, et métairie aussi, cet ensemble de bâtis en 1805 sera l’objet d’un héritage contesté, héritage légué par le noble sieur René-Jacques Bernard de la Ponthaye, celui-ci alors le propriétaire héritier des lieux. Son père, René susdit, époux de Marguerite de Gaudrion, fut ami de Charles Duclos le grand académicien qui fut aussi maire de Dinan.
Décédé en ayant auparavant déshériter ces deux enfants, toutes deux héritières de leur mère, René-Jacques laissera, déposé en son testament, toute sa fortune et à Armand Boudrot, son ancien domestique, et à Marie Brossard. Ils étaient tous les deux « accadiens, ses domestiques et amis de longue date ». Et c’est ce leg qui sera contesté par les deux déshéritées une procédure judiciaire ayant été engagée par ces deux jeunes femmes.
Cette procédure s’étira de 1806-1811. Et c’est près d’un siècle après qu’apparaitra seulement l’actuelle malouinière ; elle sera édifiée en 1884 au centre du grand jardin à la demande de monsieur Henry Marion.
En effet celle-ci, jusqu’en 1844, n’existe pas encore et en témoignent les plans cadastraux de 1811 et de 1844. Et seul est alors présent, dressé face au moulin du Prat, un grand et déjà vieux pigeonnier portant la dite date de 1718.
Tous deux laissent ici-même, en son emplacement actuel, qu’un immense jardin ou parc. Il faudra effectivement attendre 1884 pour qu’elle soit édifiée.
👉 Finalement René-Jacques ne savait donner toute sa confiance qu’aux Acadiens. Quels furent ses propres liens avec cette partie du monde ?
La communauté acadienne est composée des descendants de colons français arrivés entre 1604 et 1755 dans les régions qu’on appelle aujourd’hui : la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard. Et nombreux de ces accadiens fuiront ces trois régions pour retourner en France suite aux conflits opposant alors l’Angleterre et la France.
👉 Ces deux enfants « déshéritées » furent Dame Marguerite du Breil, alors déjà veuve du sieur Breil de Chalonge, et Demoiselle Françoise, épouse Bernard.
René-Jacques par Délivrance de legs universel, leg établi le 16 floréal de l’An XIII de la République, choisira en effet pour seuls héritiers et son ancien domestique, le susdit Armand Boudrot, et Marie Brossard fille du cordonnier Jean-Baptiste Brossard.
Dès l’année 1774, le 23 juillet exactement, le sieur de la Ponthaye fera parvenir à ce même ami, son ancien domestique, une somme d’argent s’élevant à 24 livres et il lui parlera ainsi : … Je profite de la première occasion qui se présente par un Acadien qui retourne à Châtellerault pour vous envoyer un peu d’argent. Je ne connais point encore la personne que je chargerai de ma mission, je ne lui parlerai que demain, mais il suffit que ce soit un Acadien pour que je n’ai pas de défiance, il vous remettra 24 livres. Vous avez dû recevoir une lettre d’en réponse à la vôtre. J’attends avec impatience que vous m’en ayez accusé réception. Si vous avez un peu tardé à me donner cette satisfaction, sans doute que vous n’avez pu faire autrement. Je finis mon épître, mon cher ami en vous conjurant de nouveau de me revenir voir le plus tôt qu’il vous sera possible. Si vous en avez autant envie que j’en ai de vous voir de retour ce sera sûrement avant la Toussaint prochaine.
Je vous embrasse de tout mon cœur et suis pour la vie votre ami.
Signé : Ponthaye

Seigneur aussi de Faurolle celui-ci décédera en sa maison noble de la Ville Gicquel, le 20/11/1719. A.R. Pleudihen image n°75 .
La seigneurie de la Ville Giquel sera le bien de la noble famille Henry, seigneurs des lieux depuis 1596. Après les De Gaudrion elle passera en la Maison noble des De Ferron de la Sigonnière, seigneur en Saint-Juvat.
Epoux de Michelle-Modeste Dufresne François-Malo aura de celle ci pour enfant, née à Pleudihen le 26/11/1721, Louise-Marguerite de Gaudrion ; Louise-Marguerite prendra pour époux François le Provost seigneur du Boisroux.

Armoires des « De Gaudrion«
D’or au chevron d’azur, accompagné de six coquilles de même, trois en chef et trois en pointe
Lecture de la charte latine citant Mathieu fils d’Alain le Roux :

Universis sancte matris ecclesie filiis ad quos presens carta pervenerit Willelmus, archidiaconus Dolensis, salutem et dilectionem in domino. Noverit universitas vestra quod controversia que inter priorem de Ponte de Dinan et Matheum filium Alani Rufi et frès (fratres) suos super terra et molendino de Quencombre vertebatur, in presencia nostra sopita est in hunc modum; quod idem M.et fratres sui recognoverunt eandem terram datam fuisse in elemosina ab antecessore suo domui Beate Marie Magdalene de Ponte de Dinan, et eciam molendinum, et coram nobis eandem terram et molendinum de Quencombre videlicet tactis sacrosanctis Evangeliis juraverunt de cetero priori domus supradicte in pace relinquere, et pro pace ista tenenda prior eis decem solidos Andegavenses persolvit testibus hiis : Hamone Bode, Thom(a) Choan, Eud(o) de Lanualay, Menguidone de Taden presbiteris et Radoue de la Bocae, diacono, et pluribus aliis tam clericis quam laicis. Et quoniam pax ista in presencia nostra sacta suit, volentes quod de cetero robur obtinerest firmitates, eam fecimus annotari et sigilli nostri munimino confirmari.
Traduction personnelle : A tous les fils de la sainte mère Eglise à qui la présente charte parviendra, Guillaume, archidiacre de Dol, salut et amour dans le Seigneur. Vous devez tous savoir qu’il y a eu une contestation entre le prieur du Pont de Dinan et Matthieu, fils d’Alan Rufus, et ses frères, sur la terre et le moulin de Quencombre ; en notre présence elle fut apaisée de cette façon : Que le même Mathieu et ses frères ont reconnu que la même terre a été donnée en aumône par leurs ancestres, à la Maison de la bienheureuse Marie-Magdelaine du Pont à Dinan, et aussi le moulin, et devant nous pour les mêmes terre et moulin de Quencombre, il va de soit en touchant les Saints-Evangiles, ils jugèrent désormais de laisser en paix la susdite Maison du prieur ; et pour qu’au prieur cette paix soit maintenue il lui a été payé dix sous d’Anjou ; ces témoins : Hamone Bode ; Thoma Choan ; Eudo de Lanualay ; Menguidone de Taden, prestre ; et Radoue de la Bocae, diacre ; et bien d’autres tant clercs que laïcs. Et puis cette paix a été scellée en notre présence ; souhaitant qu’à l’avenir elle obtienne force et fermeté nous l’avons annoté et fortifiée de la protection de notre sceau. Sources : ADML. H 3357III

Les Armoiries de Hamon de la Bellière cité en 1209 primicier de la collégiale de la Guerche, en Ille-et-Vilaine

D’Argent à trois bandes de Gueules
Les deux actes de dénombrements établis et en 1543 et en 1556 :

Le sieur de Cresquen et la métairie de Quencombre
…Item une mestairye siize et estant la paroisse de Pludihen nommée Quencombre estante en ung mesme tenant contenant le tout douze journaux de terre, joignant dung coste au chemin par lequel lon va du Moullin de la Belliere au bourg de Pludihen et dautre coste et bout au chemin par lequel lon va du di Chemin a la riviere de Rance quelle mestairye touttefoiz le sieur de Cresquen (Lire Coëtquen) dit estre tenue de luy . Par devant nous notaires et tabellions ducaul Receuz et jurez en la cour de Rennes, a este present devant Nous en personne venerable et discret messire Sebastien Thomme, tesorie et chanoine de Rennes, procureur du dit Messire Jan Terin prieur commandataire surdit lequel, audit nom, est confessant le dit prieur commandataire tenir prochement en fief amorty, de nostre dit seigneu Le duc, les dites choses cy-davant declarees et contenues…

…Item en la paroisse de Pleudihen, environ dix journaux De terre apellez les terres de Quencomble jognant dune Part le grand chemin de Dinan au bourg de Pleudihen, Ville de Chasteauneuf, daultre part la riviere De Rance, daultre le villaige de la Chapelle De Mordreuc vallant et son revenu par chacun an vingt Boyceaux fromant mesure de Dinan. Sur et par cause desquelles choses cy davant le dit Ferron Prieur confesse debvoir et quil doibt obeyr au Roy Nostre souverain seigneur, comme en tel cas apartient Avecq prieres et oraisons...


L’ancien colombier assis en face du moulin du Prat
Celui-ci en l’une de ses pierres contient la date de 1718 ; ce colombier semble devoir accompagner dans sa propre réalisation la reconstruction de la dite « Maison noble », celle-ci associée à sa propre métairie.
En contre bas, assise au plus près du bassin de retention, est la vieille fontaine ferrugineuse.


Les Maison noble et métairie de Quincoubre
Celle-ci semble devoir être du tout début du XVIII siècle.
Cette « Maison noble », assise face à la Rance, semble avoir été assez fortement modifiée au XIX siècle. Ces modification ont-elles accompagné la construction de la Gentilhommière ?

Zoom sur la dite « Maison noble » édifiée en 1718 avec son pigeonnier ; elle fait face à la Rance. Son jardin « personnel », entouré de son pourprin, contient à chacune de ses extrémités un petit pavillon.
En 1718 cette « Maison » remplacera probablement un manoir beaucoup plus ancien, manoir ou logis ayant été en la fin du XVI, dès 1568 exactement, le bien des sieurs Ledean.
En noir est la malouinière non encore construite en 1844.

En bas est la Gentilhommière ; au dessus est la dite Maison noble.
Au dessus de la dite « Maison » est l’ancienne métairie…le vieux colombier à mi-hauteur de l’image est à gauche.

Le rectangle noir implante l’actuelle gentilhommière construite qu’en 1884 ; et en l’emplacement des surfaces rouges étaient très probablement la Maison noble et sa métairie biens affermés, en 1568, par le prieuré du Pont à Dinan au sieur Jehan Ledean. Sous la ferme de Jehan, celui-ci possesseur terrien de la Chapelle et de la Pichonnais, semble devoir sortir par aliénation tout Quencombre puisque ces deux petits-fils, François et Olivier, ainsi que son frère André, seront tous les trois possesseurs de Quincoubre.
Ce nouvel ensemble sera le bien en 1806 du noble homme René-Jacques-Bernard de la Ponthaye possesseur héritier que sera celui-ci de tout Quincoubre.

XVI – XVII siècles


Armoiries Ledean, en Bretagne : De sable, à une gerbe d’or.

En l’un des écarts de Pleudihen, assis en avant du Port de Mordreuc (village de Mordreuc), est le village de La Chapelle (ou Chapelle Mordreuc), est ce long corps de logis composé d’un ensemble de deux maisons. Celle de droite, que l’on ne fait que apercevoir ici, est peut être plus ancienne ; celle de gauche, ici même représentée, est elle même composée de deux maisons toutes deux toutefois noyées dans une même construction.
Celle-ci, probablement du XIX, sous sa partie haute contient des
Armoiries muettes contenues dans leur quadrilobé ; lors de leur réemploi ce blason muet (XVI siècle) a été malencontreusement inversé. Ce long logis est nommé la » Maison de La Chapelle » et est délimité au devant de sa grande cour par le chemin de la Pichonnais (La Maison de la Pichonnais dans son existence est attestée par le baptême de Maturinne Lepinay née en 1712 en cette maison ; sera témoin de ce baptême Françoise-Pélagie de Gaudrion. AR Pleudihen image n° 43).
Les terres de La Chapelle et de la Pichonnais sont ici même citées dès le milieu du XVI siècle au travers de Maistre Jehan Ledean. Les deux petits fils de celui-ci seront tous deux héritiers de Quencombre, terre, métairie et manoir originel compris.
A l’emplacement de ce long corps de logis le dit Maistre Ledean n’y avait t’il pas au milieu du XVI siècle son propre logis ?
Ce blason muet pourrait il être le sien ?
Celui-ci, fermier général des biens temporels du prieuré du pont à Dinan en 1568, semble sortir des biens du prieuré la terre de Quencombre puisque au lendemain du dit Jehan Ledean ses deux petits fils seront tous deux dits sieurs de Quencombre. Au lendemain de Jehan, en Pleudihen, le prieuré du pont à Dinan ne possèdera plus qu’un seul trait de dixmes celui-ci s’appliquant sur les Champs Morel.

1568.
Acte de l’entrée en sa ferme de Quencombre du dit sieur Jehan Ledean
Pour troys ans quy ont comencé des le premier jour de janvier dernier et quy finiront apareil jour jceilx revoluz noble homme maistre Bertran Feron sieur de la Meterie fermier du revenu du prieure de la magdhelaine du pont a Dinan luy garentira a baille et soubz afferme a maistre Jehan Ledean sieur de la Pichonnait pret et acceptant les debvoirs de dixmes, oblations, meugnues dy quoy le sieur prieur dicelluy prieure ou ses fermiers et soubz fermiers sont fondez a prendre, levez et receuillez en chacun an tant par bled aignaulx laines et le fruit de rente breton et tout aultre quelconcque revenu ordinaire et extra ordinaire dont a acoustume de jouir le dict père prieur ou ses dits pères prieurs présent en la paroisse de Myniac avecq aussi les terres et heritaiges ci deppendants du dict prieure qui sont situees en la paroisse de Pleudihen deppendentes de Quaincoubre. Daultant cy en apartient au dict prieur sans en re resprendre ce que en a acquis le dict Ledean. Ensemble jouira le dict Ledean de tout aultre revenu quy apartient au dict prieur en la dicte paroisse de Pleudihen et pour en jouir en maniere accoustume et faire le preneur les acquitz et portez les charges sur ce sy aulcunes sont deues sans y consprandre les debvoirs de decymes, promet sainct visitation et tables abbatialles que portera et acquitera la bailleur pour en jouir le dict preneur tout ainsy que le pouroit faire le dict prieur tenantz les dictes choses en main et a raison des dictes jouissances et aussi faire le dict preneur il poyera les chacun an au dict Feron ouict mines acceptant la somme de traize vingtz livres monnoye tournois aux festes de monseigneur Sainct Jehan Baptiste et Noel par moictie lun terme appellant lautre que se entend a faulte du premier poyement en chacun dict an caution pour lautre terme en cours quil ne seroit escheu. En oultre poyer ce que presantement a faict le preneur au dict Feron acceptant six escuz dor pistollets tenu estant pour entree de la presante ferme et quand a faire et fournir par chacun dict an a terme le dict preneur a oblige tous ses biens meubles et immeubles presans et futurs pour sur les immeubles procede par saisies procede vente et subhastion des ordonnations royaux et sur les meubles proceder par execution vante et subhastion [subaction] a de jour et heure, et aultre produir gages touz sujez a vandre et jugement de court suffizament garde et neanctz par concurance a suborner le preneur son corps a tout arrest et hostaige tout somme et requis en prinson fournir la part quil plaira au dict bailleur au dict nomme le faire mettre et constituez si necessaire jucqu a entre et par faict poyement tant au principal que mesme recouvrer et elles ne seront liquides les dictes contraintes comme mieulx plaira au dict ferron quy apuye les garentaiges faire faire et paye gree jure oblige r…condempner tenir les serments notre court de Dinan a submission juree et prorogation a lordonnance dycelle par lintimation de touz sergens royaulx de hault justices et tout ce a este voullu consenty promis et jure par serment tenir et a ce faire par le jugement de nostre court de Dinan les y avons condempnez sur lypothecque de tous leurs biens de faict et signe presentement a Dinan en la maison et demeuration de Lerenec lun des soubz signes notaires le vingt ung ieme jour de may mill cinq cent soixante houict aveq les seignes des dictes partyes apposes au grand rolle du dict baille, et ung aultant de luy, ung exemplaire pour chascun seullement ny aucune derogation faite apres tractation et approuver fort l’apres sous ferme sur hypotheque du tout le sieur aussy ledean acceptant … (une ligne incompréhensible) signent Lefrançois; Anthoine Lerenec; Jehan Ledean. 21 may 1568. Dixmes de Miniac Morvan 230 livres de ferme par an. Contract de soubz ferme par Bertran feron et jehan ledean pour les dixmes de Miniac, moulin terres de Quincoubre en pleudihen aportes au prieure du pont a Dinan 1568 pour 230 livres. En marge: Bail a ferme du prieure de la Madelaine du pont a Dinan pour le prix de treize vingt livres a jehan ledean le 21 ieme may 1568. Ce present bail pour sous fermer pour entrer en la metairie de Quincoubre car le preneur diceluy s’en est empare…


La Pierre de la Rance, le moulin du Prat et l’aliénation de Quincoubre.
Quincoubre, aliéné, sortit donc des biens temporels du prieuré du pont à Dinan très probablement entre 1582 et 1603.
En Pleudihen, pour les dixmes revenant au prieuré du pont à Dinan, on ne parlera plus désormais que des dîmes s’appliquant en le Champ Morel.
Et où celui-ci était il situé ?
A la fin du XII siècle, le désaccord ayant opposé en 1219 Olivier de Coëtquen au prieuré du pont à Dinan, n’avait pas encore eu lieu. Et toute proche la future puissante seigneurie de la Bellière n’existait pas encore. Et seul était Quincoubre, seuls étaient son nom, sa terre, son moulin et ses droits féodaux.
Vers l’an 1200 Mathieu, fils d’Alain le Roux, confirmera au prieuré du pont à Dinan la possession du moulin de Quincoubre et la possession des terres l’accompagnant.
Cette possession, née d’une donation faite par feus ses ancestres, comprenait t’elle ici même en la rivière des droits d’arrérages puisque relevant du prieuré ?
Oui bien sur.
Le 16/03/1654, lorsque le frère Florent Mareschau, prêtre Bénédictain, Docteur de Sorbonne et grand prieur de l’Abbaye de Marmoutier, vient prendre à son tour la Commande du prieuré du pont à Dinan, dans l’énoncé des biens du prieuré va être citée la Pierre de la Rance. Et celle-ci fixe la limite fluviale au delà de laquelle le prieuré du pont n’avait plus aucun droit féodaux sur la Rance ...sur ladite rivière de Rance avec droit de pescherie prohibitif depuis la Tour longue de la ville de Dinan jusques audit moulin et aussy avec le debvoir d’ancrage de toutes les barques et bateaux de pais estrangé, et autres de la rivière jusques soubz les limites de la perré de Rance situé entre la ville Saint-Malo de l’Isle et le port de Dinan…
Un second mémoire des Dépendances et Consistance du prieuré Sainte-Magdeleine au pont à Dinan, mémoire réalisé en 1673 pour la venue du nouveau prieur, Dom Floraine, va également nous parler de la Pierre de la Rance ; et il en sera de même pour l’étendue des dits droits d’arrerages possédés par notre prieuré. De fait ces derniers s’étiraient toujours depuis la Tour longue de la ville de Dinan à la dite Pierre de Rance … un moulin servie d’eau douce et de mer appellé le moulin de la Magdelenne, seize et seitué proche le pont de Dinan, sur la rivière de Rance, avec droit de pescherie proibitif depuis la Tour longue de la ville de Dinan jusqu’au dit moulin, et aussy avec le debvoir d’arrerage de toutes barques, batteaux de pays étrangers et aultres qui abordent audit pont à Dinan, fors (sauf) ceux dudit prieuré à Dinan et aultre de la rivière jusques la pierre de Rance seitué entra la ville de Saint-Malo de L’Isle et le port de Dinan…
Située « entre » Saint-Malo de l’Isle et Dinan où pouvait très bien être assise dans la Rance ce bloc rocheux nommé « Pierre de Rance » ?
Était t’il situé au plus près de la terre de Quincoubre, juste en face du noble château de la Bellière ?
Pouvait t’il être assis en 1673 très proche du moulin du Prat ?
De mémoire d’anciens il y eu deux grandes pierres lesquelles, nommées respectivement Pierre de Saint-Malo et Pierre de Dinan, servaient depuis des temps très reculés à déterminer la hauteur d’eau de la mer lors des marées montantes. Quand ces pierres étaient toutes deux immergées les bateliers savaient pouvoir remonter par la rivière au pont à Dinan ; l’eau était alors suffisamment assez profonde.
Nous faut-il voir, au travers de ces deux pierres, la « Pierre de Rance » délimitant toujours, vers 1660, l’extrémité de la rivière relevant du prieuré du Pont ?
Les Pierre de Saint-Malo et de Dinan fût-elles, plus tard, la grande pierre toujours nommée « la Pierre de la Rance » par Louis Grandpré ?
Est-elle aujourd’hui ce que nous nommons la Pointe du Moulinet ?
Voici comment fut positionnée en 1803, ou en l’an XI de la République française, la « Pierre de la Rance » par Louis de Grandpré lorsque celui-ci écrivit son « Dictionnaire universel de géographie maritime » …La rade de Saint-Malo n’est qu’un canal étroit et curé, sur lequel les ancres n’ont pas d’abord une excellente tenue ; il leur faut un peu de hal pour s’assurer. A cet inconvénient il s’en joint au autre, c’est celui de la pierre de la Rance, autrement nommé pierre aux Normands. Cette pierre est le travers de la pointe du Moulinet . On est dessus quand on tient cette pointe par la Corbière, et Bizeul ouvert par la pointe de Béchard. Elle découvre au bas de l’eau dans les très grande marée...
L’estuaire de la Rance, avant la réalisation du barrage marémotrice, se terminait au port de Dinan au fond duquel les fortes marées remontaient encore aux équinoxes. La zone « fluviale-maritime » soumise à la juridiction du prieuré du pont, tout du long de son existence, via ses droits arrérages, ses droits d’encrages etc. semble bel et bien avoir été appliquée du port de Dinan à la pointe de Dinard nommé aujourd’hui « la pointe du Moulinet ».
Au XII siècle cette zone maritime, en laquelle s’appliquait alors les droits féodaux relevant du prieuré du pont à Dinan, dépassait de très loin la propre limite géographique de la paroisse de Pleudihen, et donc celle de son moulin de Quincoubre aussi.
Dès sa fondation le prieuré du pont à Dinan percevait sur chaque bateau s’ancrant dans la rivière de droits féodaux établis. Ceux-ci finalement devaient s’exercer dans tout l’estuaire de la Rance, depuis le pont de Dinan jusqu’à l’actuelle pointe du Moulinet.
Et au XV siècle les bateaux s’ancrant proche du moulin du Prat, celui-ci relevant alors de la jeune seigneurie de la Bellière, devaient toujours payer au seul prieuré ce même droit d’ancrage.
Au XVII siècle, le 16/03/1654 exactement, lorsque le frère Florent Mareschau, prêtre Bénédictain, Docteur de Sorbonne et grand prieur de l’Abbaye de Marmoutier, vient prendre la Commende du prieuré du pont à Dinan, dans l’énoncé des biens pour Pleudihen ne seront plus énoncées que les dixmes s’appliquant sur les Champs Morel. Mais malgré la disparition de Quincoubre des biens temporels du prieuré ces mêmes droits d’arrérages devaient toujours être …plus un autre trait de dixme siis en la paroisse de Plidihen appelé le Trait des Champs Morel…
En 1654 l’aliénation de Quincoubre était indirectement déjà confirmée.
Et c’est la lecture d’un autre aveu rédigé celui-ci en 1673 qui nous confirme, par écrit cette fois, l’aliénation de Quincoubre ; il nous atteste également le droit de haute, basse et moyenne justice du prieuré du pont à Dinan alors toujours existant ...A cause duquel prieuré et baillage en dépendant, ledit prieur a droit de jurisdiction, haute, basse et moyenne justice, prison et tout exercice de pled, juridiction qui s’exerce par les officiers auxdits lieux…est à remarquer que la matairie de Quiencoubre scituée en la paroisse de Pleudiain, avec les terres e dépendante, est aliénnée en l’an …. (mot manquant) et n’a été retirée par les prieurs quoy qu’il y ait arrest du Conseil qui le permet, mais attendu les augmentations il laisse jouir les engagistes…


Deuxième moitié du XVII siècle.
Implantation de la « Pierre de la Rance » nommée aujourd’hui : la Pointe du moulinet.

Le moulin à marée du Prat relevait de la seigneurie de la Bellière celle-ci possédant les trois poteaux patibulaires de haute, moyenne et basse justice ; le moulin actuel semble devoir plonger ses origines dans les heures du XVII siècle.
Assis en contrebas de Quencombre, délimitant pour ainsi dire cette terre à occident, le premier moulin du Prat fût-il le moulin cité dans la « confirmation de Matheum fils d’Alains le Roux » dès la fin du XII siècle ?
La seigneurie de la Bellière semble avoir possédé deux moulins, l’un encore nommé aujourd’hui le moulin du Prat, et le second le « moulin de la Bellière » ; celui-ci sera cité sur le dit acte de Dénombrement de 1543…Item une mestairye siize et estant la paroisse de Pludihen nommée Quencombre estante en ung mesme tenant contenant le tout douze journaux de terre, joignant dung coste au chemin par lequel lon va du Moullin de la Belliere au bourg de Pludihen et dautre coste et bout au chemin par lequel lon va du di Chemin a la riviere de Rance, quelle mestairye touttefoiz le sieur de Cresquen dit estre tenue de luy. Par devant nous notaires et tabellions ducaul Receuz et jurez en la cour de Rennes, a este present devant Nous en personne venerable et discret messire Sebastien Thomme, tesorie et chanoine de Rennes, procureur du dit Messire Jan Terin prieur commandataire surdit lequel, audit nom, est confessant le dit prieur commandataire tenir prochement en fief amorty, de nostre dit seigneu Le duc, les dites choses cy-davant declarees et contenues…
A la lecture de ces lignes le moulin de la Bellière devait être assis proche de l’actuel parking du moulin du Prat ; celui-ci borde la route menant à Pleudihen.
D’un même sol : Coëtquen, Lanvallay et le manoir de l’évêque de Saint-Malo à Dinan ❖
Il est des lieux où la pierre conserve ce que les chartes ne disent qu’à demi-mot.
À Dinan, au voisinage du futur couvent des Jacobins, deux réalités semblent d’abord distinctes : d’un côté, le manoir relevant de l’évêque de Saint-Malo ; de l’autre, la terre tenue par les seigneurs de Lanvallay.
Deux autorités, deux droits, deux mondes.
Et pourtant… tout invite à penser qu’ils se touchent, se frôlent, peut-être même se répondent.
La charte de 1240, par laquelle Olivier de Coëtquen confirme une donation à l’abbaye du Tronchet, nous en donne une trace indirecte. Elle évoque en effet un manoir de l’évêque situé à Dinan, sur lequel Olivier a agi — non comme simple témoin, mais comme acteur engagé, allant jusqu’à en transférer l’usage aux frères de Dinan.
Ce geste, juridiquement fragile, nécessita l’intervention de l’abbaye du Tronchet laquelle compensa l’évêque en lui cédant une part de ses propres revenus. Olivier, ainsi libéré d’une situation devenue incertaine, remercia à son tour l’abbaye en lui abandonnant ses dîmes de Pléguen (Saint-Pierre de Plesguen ?).
Mais au-delà de cette mécanique juridique, une question demeure : comment un seigneur local peut-il intervenir ainsi sur un bien épiscopal, sinon parce qu’il en touche, d’une manière ou d’une autre, le sol ou l’environnement immédiat ?
Or, ce manoir se trouvait précisément au voisinage immédiat des terres qui, quelques années plus tard, verront s’élever le couvent des Jacobins, fondé par Alain II de Lanvallay au retour de la croisade menée contre les cathares (1209 – 1229).
Ce couvent, établi sur une terre intra-muros relevant de sa seigneurie, vient littéralement se poser au contact de cet espace épiscopal. Deux entités distinctes, certes — mais contiguës, comme si une ancienne unité foncière s’était trouvée, au fil du temps, partagée entre différentes mains.
Et c’est ici qu’une hypothèse prend forme.
Si l’on suit certaines reconstructions généalogiques, les lignées de Coëtquen et de Lanvallay pourraient bien remonter à un ancêtre commun, peut-être Riwallon le Roux, frère de Geoffroy Ier de Dinan. De lui procèderait, d’un côté, la lignée menant à Olivier de Coëtquen, par Raoul fils de Riwallon puis Guillaume fils de Raoul ; et de l’autre, par alliance, celle des seigneurs de Lanvallay, Alain Ier ayant possiblement épousé une fille de ce même Riwallon.
Dans cette perspective, Alain II de Lanvallay, fils d’Heymeri et petit-fils d’Alain 1er, et Olivier de Coëtquen ne seraient plus de simples voisins de pouvoir, mais les héritiers, chacun à leur manière, d’un même tronc familial.
Ils auraient été, en vérité, tous les deux « cousin » l’un de l’autre.
Leurs terres respectives, aujourd’hui distinctes, pourraient ainsi n’être que les fragments d’un domaine plus ancien, progressivement redistribué au gré des alliances, des donations et des interventions ecclésiastiques.
Dès lors, la proximité du manoir épiscopal et de la terre de Lanvallay ne relèverait plus du hasard. Elle serait le vestige d’un état antérieur du territoire, où les lignes n’étaient pas encore fixées, où le pouvoir se partageait autrement, entre famille, Église et autorité ducale.
Et peut-être faut-il lire dans la querelle survenue au XVIIe siècle, lorsque les descendants des Lanvallay et des Coëtquen revendiquèrent chacun la fondation du couvent des Jacobins, l’écho tardif de cette mémoire divisée. Car ce que chacun défendait alors comme un droit propre n’était peut-être, en profondeur, que l’ombre d’un héritage commun.
Ainsi la terre parle. Non par certitude, mais par résonance. Et ce qu’elle laisse entrevoir, sous les pierres et les noms, n’est pas seulement une histoire de propriété — mais celle, plus subtile, d’une origine partagée que le temps a fragmentée sans jamais l’effacer.
Charte latine. 1241.
Ego Oliverius, miles, dominus de Quoiquen, notum facio universis presentes litteras inspecturis quod ego, de assensu H. uxoris meae, dedi et concessi Deo et abbacie Beatae Mariae de Tronchetio omnes decimas quas habebam in parrochia de Pleguen (sic) pro salute animae meae et pro salute animae matris meae et pro salute animae patris mei et H. uxoris, et maxime in recompensatione libertatis quam mihi fecit praedicta abbatia excambiando redditus suos venerabili patri Malcolisiensi episcopo pro manerio dicti episcopi de Dinanno a me collato fratribus praedictis de Dinanno. In cujus rei testimonium presentes litteras dictae abbatiae dedi sigilli mei munimine roboratas. Datum anno Domini M° CC° XL°. (Bl.-Mant., 41, p. 622, 5).
Traduction :
Moi, Olivier, chevalier, seigneur de Coëtquen, fais savoir à tous ceux qui verront la présente lettre que moi, avec le consentement de H., mon épouse, j’ai donné et concédé à Dieu et à l’abbaye de Sainte-Marie du Tronchet toutes les dîmes que je possédais dans la paroisse de Pléguen, pour le salut de mon âme, et pour le salut de l’âme de ma mère, et pour le salut de l’âme de mon père, et de H., mon épouse, et surtout en compensation de la liberté que ladite abbaye m’a accordée, en échangeant ses revenus avec le vénérable évêque de Saint-Malo, pour le manoir dudit évêque situé à Dinan, que j’avais remis aux frères susdits de Dinan. En témoignage de cela, j’ai donné à ladite abbaye la présente lettre, confirmée par l’apposition de mon sceau.
Fait en l’an du Seigneur 1240.
N.B.
– Raoul fils de Riwallon, ou Radulfus filius Riwallonis, père de Guillaume et aïeul d’Olivier, sera l’un des témoins de Geoffroy 1er de Dinan, (son oncle supposé) lorsque celui-ci offrira certaines de ses dîmes à l’église de Saint-Suliac.
– L’image ci-dessus est une extrapolation de mon imagination.
Petit sourire.
JP