Le sang dynastique des Cerizay / Serizay

La croisée des chemins dynastiques.
Jean II et Pierre III de Cerizay
nés vers 1400.

Jan 1er Cerizay
– Ecuyer.
– Seigneur de la terre de ce nom.
– Mentionné dans un acte de donation
faite par son fils, Pierre.
1299. Cité en cet acte comme ayant été Armiger
(écuyer ; homme en armes).
– Né vers 1260.

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Chapitre A — Une maison de Robe dès l’origine.

Chapitre B — L’Épée : la branche aînée et l’éclat des charges.

Chapitre C — L’Église : présence, continuité et respectabilité.

Chapitre D — Deux branches, une seule maison : Cerizay et Serizay.

Chapitre E — Guillaume Serizay et le Colombier : un ancrage seigneurial dès le XVIᵉ siècle.

Chapitre F — Renée Prioul ou la preuve comme réflexe héréditaire.

Conclusion générale — Une maison, une continuité, une mémoire.

Prologue

Certaines histoires familiales ne se lisent pas comme une simple succession de noms et de dates. Elles se déploient comme des chemins, parfois parallèles, parfois divergents, mais toujours issus d’un même point d’origine. Et l’histoire de la maison Cerizay / Serizay est de celles-là.
À travers plusieurs siècles cette lignée ancienne donne à voir la manière dont une même famille, dans les temps anciens, pouvait se construire, se déplacer, s’adapter et se maintenir, être grande, non pas par des éclats ponctuels, mais par la continuité de certains choix personnels ou imposés.
– Le choix de la Robe, pour gouverner par le droit et la preuve.
– Le choix de l’Épée, pour servir et rayonner.
– Le choix de l’Église, pour durer et s’enraciner.

Trois voies distinctes mais jamais opposées, trois voies qui hier dessinèrent, si souvent réunies, la trame d’une même grande maison.
La division apparente entre une branche demeurée sur la terre originelle de Cerizay, en Anjou, proche de Cholet, et une autre implantée en Bretagne autour de Dinan, n’est pas une rupture mais une bifurcation.

Et celle-ci mènera notamment à Grillemont, en Lanvallay.
Deux chemins issus d’un même tronc, deux choix empruntés sans que leurs acteurs puissent en mesurer toutes les conséquences, et pourtant porteurs d’un même héritage. L’une conservera l’éclat immédiat des charges et des titres ; l’autre travaillera le temps long, la terre, la mémoire et la preuve pour pouvoir laisser dans l’Histoire sa propre construction seigneuriale.

Et c’est cette continuité silencieuse, parfois mise à l’épreuve, parfois contestée, mais jamais rompue, que ce dossier se propose de mettre en lumière. À travers les actes, les alliances, les armoiries et les procédures, ainsi se dessina une noblesse qui ne se proclama pas mais qui se démontra, génération après génération.

Guillaume II de Cerizay
– Seigneur de Cerizay.
– vicomte de Fauguernon
– vicomte de Carentan[.
– Baron du Hommet, de la
Haye-du-Puy, de la Rivière,
du Chastelet,  Fierville, de Vesly
– Conseiller et Chambellan
de Louis XI. Gouverneur d’Anjou, ambassadeur,
1er secrétaire du roi et Trésorier de France.
Armoiries : d’azur au chevron d’or
accompagné de trois croissants d’or.

Chapitre A Une maison de Robe dès l’origine

L’examen attentif de la généalogie Cerizay / Serizay montre, dès ses premières générations identifiables, une constante qui ne se démentira jamais : cette famille appartient très tôt à l’univers de la Robe, entendu non comme un simple décor social, mais comme un véritable mode d’existence, de gouvernement et de transmission.
Avant même la fin du Moyen Âge, les Cerizay apparaissent engagés dans les charges qui structurent l’État et les seigneuries : offices judiciaires, fonctions administratives, responsabilités financières. Cette insertion précoce dans le monde de l’écrit, du droit et de la procédure explique la solidité exceptionnelle de leur mémoire familiale. On n’y trouve pas une noblesse d’affirmation, mais une noblesse de preuve
(Pierre 1er de Cerizay, seigneur de la terre de ce nom en Anjou, né vers 1300, sera en effet « licencié en droit »).

La Robe impose en effet une discipline particulière :
– produire des actes,
– conserver des titres,
– savoir démontrer un droit,
– inscrire la filiation dans le temps long.

Chez les Cerizay, cette culture du document n’est pas acquise tardivement ; elle est constitutive. Elle explique la continuité remarquable des filiations, la précision des alliances, et la capacité, plusieurs siècles plus tard, à reconstituer sans rupture une chaîne généalogique complète (prendre l’arbre de généalogie joint pour comprendre l’importante de la transmission héréditaire de ces charges royales).
Cette continuité de la Robe se lit également dans la géographie familiale des Cerizay. Les implantations successives — en Anjou d’abord, puis en Bretagne pour la branche puisnée — ne rompent jamais avec cette culture juridique. Là où d’autres lignages se diluent ou s’éteignent, les Cerizay savent s’adapter sans perdre leur socle : la maîtrise des règles, des procédures et des hiérarchies.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’aisance avec laquelle la famille navigue entre territoires, offices et statuts. La Robe permet de franchir les crises politiques, d’absorber les changements de souveraineté ou de juridiction, et de maintenir une continuité sociale là où la seule force militaire aurait pu échouer.
Cette tradition explique aussi pourquoi la branche bretonne, issue de Rolland et de Jehan de Cerizay, bien qu’ayant perdu temporairement l’usage de la particule « de », n’a jamais perdu la conscience de son rang ni la capacité à en administrer la preuve.
La noblesse ne réside pas ici dans l’affichage, mais dans la permanence des pratiques : contrats, aveux, sentences, enregistrements d’armoiries, services rendus à l’État.
Enfin, c’est cette culture ancienne de la Robe qui éclaire pleinement le rôle décisif joué, à la fin du XVIIᵉ siècle, par Renée Prioul. Lorsqu’elle engage la procédure de réhabilitation nobiliaire pour ses enfants, elle ne crée rien : elle active un héritage. Elle sait où chercher, quels actes produire, comment les articuler. Cette compétence n’est pas individuelle ; elle est familiale, transmise, presque instinctive.

Ainsi, loin d’être une noblesse reconstruite a posteriori, la maison Cerizay / Serizay apparaît comme une lignée structurellement juridique, pour laquelle le droit, l’écrit et la preuve constituent depuis l’origine les véritables fondations du rang.

Chapitre BL’Épée : la branche aînée et l’éclat des charges

Si la Robe assure la continuité et la preuve, l’Épée donne l’éclat, la visibilité et l’inscription directe dans l’histoire politique du royaume.
Chez les Cerizay, cette dimension apparaît avec force dans la branche aînée, demeurée en Anjou, et dont l’un des représentants majeurs est Guillaume de Cerizay.

Fils de Pierre III de Cerizay, celui-ci frère aîné de Jehan II de Cerizay (père de Rolland et Jehan III, futurs fondateurs de la branche bretonne Dinan/Saint-Malo), Guillaume II incarne l’apogée d’une lignée pleinement intégrée aux cercles du pouvoir royal. Il cumule, fait exceptionnel, des titres territoriaux et des charges de premier rang : seigneur de Cerizay, vicomte de Fauguernon, vicomte de Carentan, baron du Hommet, de la Haye-du-Puy, de la Rivière, du Chastelet, de Fierville et de Vesly.
À cette assise foncière s’ajoutent que pour celui-ci des fonctions politiques déterminantes : conseiller et chambellan de Louis XI, gouverneur d’Anjou, ambassadeur, premier secrétaire du roi et trésorier de France.
Cette accumulation n’est pas le fruit d’une faveur ponctuelle. Elle traduit une confiance durable accordée par la monarchie à une maison considérée comme fiable, compétente et loyale.
Guillaume II de Cerizay apparaît ainsi comme l’un des grands relais provinciaux de l’autorité royale, à la charnière du Moyen Âge finissant et de l’État moderne.

Cette proximité avec la Cour se lit également dans les alliances matrimoniales. Un mariage, en particulier, mérite d’être relevé, tant il est révélateur du rang atteint par la maison Cerizay d’Anjou. Marie de Cerizay, fille de Christophe de Cerizay, petite-fille de Guillaume II, épouse en effet Gaston de Brézé, comte de Montlévrier. Or la mère de Gaston, Charlotte Sorel, est une fille naturelle du roi Charles VII.

Il ne s’agit certes pas d’un accès direct à la lignée légitime, mais, même par ce que l’on pourrait appeler « la porte de derrière », une telle proximité avec la maison de France n’est jamais anodine. Elle n’est accessible qu’à des familles déjà reconnues, solides, et suffisamment établies pour ne pas risquer d’être disqualifiées par une alliance jugée indigne. Cette union révèle donc, mieux que bien des titres, le niveau réel d’intégration de la branche aînée des Cerizay dans l’aristocratie de cour.
L’héraldique confirme cette position. Les armes portées par Guillaume II — d’azur au chevron d’or accompagné de trois croissants d’or — s’inscrivent dans une continuité dynastique affirmée. Elles ne relèvent pas d’une création opportuniste, mais d’une tradition familiale déjà ancienne, reprise et magnifiée par l’ascension politique. La mémoire de Jehan 1er de Cerizay, celui-ci armiger né vers 1270
(armiger :homme en arme/écuyer), seigneur de Cerizay, en fait le tout premier seigneur de Cerizay cité par l’histoire, sera rappelée lors d’une donation que fit son fils Pierre 1er de Cerizay lorsque ce dernier y ira de ses propres dons faits en faveur de l’abbaye de Beaulieu, en Anjou. Jehan sera dit en cette donation, écrit en latin, « armiger ».
Ces points sont essentiels pour comprendre la branche bretonne. Rolland et Jehan III de Cerizay, cousins germains de Guillaume II, quittent l’Anjou pour la Bretagne vers la fin du XVe siècle. Ils y perdent l’usage visible de la particule « de », dans un contexte politique troublé, mais non leur noblesse ni leur identité lignagère. Ils emportent avec eux un héritage intangible : celui d’une maison dont l’aînée siège au plus près du pouvoir royal.

Ainsi, la branche puisnée bretonne ne peut être, en aucun cas, comprise indépendamment de l’aînée angevine. L’éclat de l’Épée, concentré autour de Guillaume II de Cerizay et de ses alliances, irrigue toute la maison. Il confère à la lignée, dans son ensemble, une légitimité qui explique la persistance de ses armoiries, la solidité de ses prétentions et, plus tard, la réussite des démarches entreprises pour faire reconnaître un rang jamais réellement perdu.

Chapitre CL’Église : présence, continuité et respectabilité.

À côté de la Robe, qui fonde la preuve, et de l’Épée, qui confère l’éclat, l’Église constitue la troisième assise indispensable des grandes maisons seigneuriales de l’Ancien Régime. Chez les Cerizay / Serizay, cette présence ecclésiastique n’est ni marginale ni accidentelle : elle s’inscrit dans une stratégie familiale de long terme, visant à assurer continuité, respectabilité et stabilité sociale.
Dès les premières générations identifiables, certains membres de la famille sont orientés vers la carrière religieuse. Ces choix ne doivent pas être interprétés comme des voies de repli, mais comme de véritables positions d’équilibre.
Les bénéfices ecclésiastiques, les prébendes, les canonicats ou les dignités capitulaires offrent à la fois des revenus sûrs, une reconnaissance sociale forte et une inscription durable dans le territoire.

L’Église permet en effet ce que ni la Robe ni l’Épée n’assurent pleinement : une présence continue, indépendante des aléas politiques, des guerres ou des changements de souveraineté. Là où un office peut être perdu et une charge militaire interrompue, un bénéfice ecclésiastique s’inscrit dans le temps long et participe à la structuration locale des paroisses et des chapitres.
Chez les Cerizay / Serizay, cette dimension ecclésiastique, celle-ci alliée parfois à la fonction, joue également un rôle essentiel dans la préservation de la mémoire familiale. Les clercs savent lire, écrire, conserver. Ils produisent et recopient des actes, consignent des filiations, établissent des fondations pieuses, des anniversaires, des messes de souvenir. Ils contribuent ainsi, de manière discrète mais déterminante, à la transmission de l’identité lignagère.

Ainsi Pierre de Cerizay, seigneur de Saint-Laurent des Mortiers en Anjou, fils puisné de notre susdit Guillaume II, sera chanoine d’Angers avant d’être le Doyen de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois. Inhumé en celle-ci il sera effectivement aussi conseiller au Parlement.                    
Quatre générations plus bas, Joachim, François et Charles de Cerizay, tous trois fils puisnés de Jehan de Cerizay de la Guérinière, celui-ci seigneur de la Guérinière, de la Giraudière et de la Roche-Cadebœuf, et de Jeanne Raoul de la Guibourgère qui était la propre sœur de l’évêque de Nantes, épouseront tous les trois l’Eglise. A ce titre Joachim sera Doyen de l’Eglise de Nantes et l’Aumonier personnel de la Reine ; François sera un religieux Saint-Augustin et Charles le grand Archidiacre de Saintonge tout en étant aussi le Vicaire Général de l’évêque de Saintes. Leur sœur Françoise sera elle-même la fondatrice du couvent des Clarisses à Saintes.
Guillaume de Cerizay, leur aisné, héritera de toutes les seigneuries hier détenues par leur père ; il sera d ses propres fonctions bailli du Loudunois. De fait Jehan de Cerizay, leur bisaïeul, celui-ci Maistre des Requestes ordinaires de l’Hôtel du Roi en 1494, était le propre fils aisné de Beaudoin de Cerizay frère aisné de nos susdits Rolland et Jehan III de Cerizay tous deux « fondateurs » des Serizay bretons. Et de sa propre charge Beaudoin sera lui-même Echanson du roi Louis XII chargé de cet office le 21 février 1469.
                              
Il faut donc aussi souligner que la présence de membres de la famille, dans l’Église, renforcera ou confirmera beaucoup la respectabilité morale de leur maison. Dans une société où la noblesse se doit d’être exemplaire, l’adossement au religieux protègera toujours le lignage des soupçons, tempèrera les tensions liées à l’exercice du pouvoir et renforcera la légitimité sociale, tant auprès des populations locales que des autorités.
Cette articulation entre Robe, Épée et Église apparaît ainsi comme un système cohérent. Chaque sphère soutient les autres. L’Église n’est pas ici un simple appendice spirituel, mais un pilier silencieux, garant de la durée et de l’enracinement.
Et c’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la solidité de la maison Serizay au moment des crises. Lorsque la branche bretonne se trouvera contestée dans sa noblesse à la fin du XVIIᵉ siècle, elle pourra s’appuyer sur un réseau ancien où les preuves juridiques, les services militaires et les positions ecclésiastiques se répondront et se renforceront mutuellement.
En vérité dans cette contestation rien ne sera isolé ; et tout sera lié.
Ainsi, loin d’être un choix secondaire, l’investissement ecclésiastique participa pleinement à la réussite globale de la maison Cerizay / Serizay. Il achèvera de compléter un triptyque familial qui, sur plusieurs siècles, permettra à cette lignée de traverser les mutations politiques, territoriales et sociales sans jamais perdre son identité profonde première.

Chapitre DDeux branches, une seule maison : Cerizay et Serizay.

L’étude de la généalogie sur la longue durée impose une évidence : on ne peut dissocier la branche angevine des Cerizay de la branche bretonne des Serizay sans perdre le sens même de l’histoire familiale. Il ne s’agit pas de deux lignées distinctes, mais de deux expressions territoriales d’une seule et même maison, issues d’un tronc commun, répondant à des contextes politiques et géographiques différents.
La branche aînée demeure en Anjou, sur la terre originelle de Cerizay. Elle conserve pour elle le cœur seigneurial, les titres majeurs, les alliances de cour et l’éclat le plus visible. C’est elle qui concentre, au XVe siècle, les charges les plus élevées et les alliances les plus prestigieuses, notamment autour de la figure de Guillaume de Cerizay. Cette branche ne quitte jamais le champ direct du pouvoir royal ; elle en est l’un des relais provinciaux.

La branche puisnée, issue de Rolland et Jehan III de Cerizay, fils de Jehan II de Cerizay et neveux de Pierre III de Cerizay, s’implante quant à elle en Bretagne vers la fin du XVe siècle. Ce déplacement n’est pas un déclassement, mais une déportation lignagère, au sens noble du terme : une transplantation de la maison dans un nouveau cadre politique, à une époque où la Bretagne traverse des tensions majeures liées à son intégration progressive au royaume de France.
Dans ce contexte troublé la perte de l’usage de la particule « de » ne doit pas être interprétée comme une perte de noblesse. Elle correspond à une adaptation, parfois prudente, parfois imposée, à un environnement politique nouveau. La noblesse, ici, ne s’exprime plus d’abord par l’affichage nominal, mais par la continuité des pratiques : alliances, possessions foncières, charges, armoiries.
Et c’’est précisément par l’héraldique que se maintient le lien visible entre les deux branches. Les armes dynastiques, fixées ou créées par Rolland pour la branche bretonne, s’inscrivent dans une logique de continuité familiale. Elles ne sont ni empruntées ni improvisées : elles affirment une appartenance, une mémoire, une filiation. Leur présence, encore attestée hier au château de Grillemont, constitue un témoignage matériel fort de cette continuité.

La branche bretonne se reconstruit ainsi autour de nouveaux pôles fonciers — la Richardais en Saint-Malo, Grandschamps et Ruzy pour Dinan, les Illeaux en Plouer, Landeboulou puis Grillemont en Lanvallay etc. — tout en conservant l’héritage immatériel de la maison.
En vérité elle ne concurrence pas l’aînée.
Non.

Mais elle la prolonge. L’éclat de la branche angevine confère à la puisnée une légitimité de fond, tandis que l’implantation bretonne assure à la maison une extension territoriale et une capacité d’adaptation remarquable.
Ainsi, fils de notre susdit Rolland Serisay, Olivier, Ecuyer et Maistre, sera entre 1556-63 l’Alloué (sénéchal) de Dinan tout en étant 1er greffier au Tribunal de Rennes. Alain Serizay, son propre frère germain, sieur de Lessart et aussi Maitre, sera mentionné en 1578 comme étant Avocat au Parlement de Rennes. Ils étaient tous les deux les frères de Guillaume III Serizay sieur des Grands Champs et du Ruzy toutes deux en Dinan.


Chapitre EGuillaume Serizay et le Colombier : un ancrage seigneurial dès le XVIᵉ siècle.

Guillaume Serizay, fils de Rolland, dit alors sieur du Ruzy, sera cité en 1576 pour la réception de l’aveu du lieu noble du Colombier, en la paroisse de Saint-Malo de Dinan. Cette mention n’est pas anodine. Un aveu constitue en effet l’un des actes les plus structurants de la vie seigneuriale, attestant à la fois la possession foncière, la capacité juridique et la reconnaissance sociale du détenteur. La terre noble du Colombier sera ensuite héréditairement reçue par Thomas, fils de Guillaume, lequel pris pour épouse Carize Gicquel ; veuve, Carize prendra pour second mari Julien Apuril apportant ainsi à son nouvel époux le noble Colombier susdit. Cette transmission par alliance s’inscrit dans une parfaite régularité nobiliaire et témoigne, à elle seule, de la solidité patrimoniale de la famille Serizay dès le milieu du XVIᵉ siècle ; et la famille Apuril, alliée des Serizay donc, renforce encore cet ancrage réel ce réseau d’alliances mettant en lumière un milieu social homogène, associant noblesse, finance royale et enracinement paroissial.
Ainsi, l’aveu du Colombier en 1576 vient confirmer que la noblesse bretonne des Serizay n’est ni tardive ni reconstruite, mais bien pleinement effective dès le XVIᵉ siècle, inscrite dans un réseau d’alliances angevines et bretonnes de haut niveau.
De fait Julien, sieur de Lisle et fils de Macé Apuril sieur de Lisle, était le petit-fils de Jéhan Apuril seigneur de la Trépollière, terre assise en Anjou. Arrivé lui aussi en Bretagne, peut-être au côté de Rolland lui-même, Jehan Apuril, prenant pour épouse Marie Gicquel, recevra en 1518 des lettres du roi pour être le nouveau Receveur de son domaine et le fermier de ses impôts et billots de Dinan. A noter que l’un des quatre piliers recevant le dessus de l’église de Saint-Malo de Dinan sera posé en le courant du XV siècle par le sieur Gicquel alors l’un des Trésoriers en charge de cette paroisse. Cette branche des Apuril, et cela à l’inverse de certaines de ses sœurs, aussi originaire d’Anjou, sera déboutée de sa noblesse lors de la Réformation de 1668. Tout le monde en vérité ne pouvait pas s’appeler Renée Prioul.
La branche issue d’Alain Apuril, celui-ci choisi en 1532 par François 1er pour apaiser les troubles nés en Bretagne au lendemain du rattachement du duché à la Couronne, et chargé par le même pour être son nouveau Trésorier en charges de ses états de Bretagne entre 1534 et 1539, sera maintenue dans sa propre prétention en cette même année 1668. Alain, seigneur de Lourmaye, de la Bouesière et autres lieux en la paroisse de Nivillac (dans le Morbihan, au-dessus de la Roche-Bernard) laissa pour enfant, en autre, Jean, Celui-ci, seigneur de la Lourmaye, la Grée, la Bouexière, etc., payeur des gages de la chambre des Comptes de Bretagne, sera le père de Jean Apuril sieur de Lagrée, conseiller au parlement de Bretagne en 1568, et le 1er président de la Chambre des comptes de Bretagne en 1584.
Les armoiries de ces Apuril, anoblis, Alain avait reçu ses propres lettres d’anoblissement en 1547, étaient : d’argent au lion de sable armé et lampassé de gueules.

Guillaume Serizay, le propre petit-fils de Guillaume Serizay sieur des Grands Champs susdit, sera le Conseiller du roi à Dinan mais aussi son Receveur des fouages pour l’évêché de Dol. Alain, son frère germain, sera lui aussi Avocat au Parlement à Rennes ainsi qu’au Présidial de Dinan.
Guillaume, leur frère, sieur de Grandville en Taden et des Illeaux en Plouër, sera Connétable de Dinan. Cette charge sera ensuite transmise à son propre fils, Jean.  
C’est dans cette relation organique que s’éclaire la suite de l’histoire. Lorsque, à la fin du XVIIᵉ siècle, la noblesse de la branche Serizay de Grillemont est contestée, la maison ne se trouve pas face à une table rase. Mais elle peut s’appuyer tout au contraire sur une mémoire familiale longue, sur des liens de parenté incontestables avec une branche demeurée éclatante, et sur un ensemble de preuves accumulées sur plusieurs siècles.
Ainsi, loin d’être une noblesse isolée ou reconstruite artificiellement, la branche Serizay de Bretagne apparaît comme l’une des expressions légitimes d’une maison ancienne, capable de se déployer sur plusieurs territoires sans jamais se renier. Deux branches, certes, mais une seule identité, une seule histoire, une seule continuité.

Chapitre ERenée Prioul ou la preuve comme réflexe héréditaire.

Au terme de ce parcours une figure s’impose naturellement comme point de cristallisation : Renée Prioul. Son action, entre 1694 et 1704, n’est ni un coup d’éclat isolé ni une réaction improvisée face à une injustice administrative. Elle est l’aboutissement logique d’un héritage familial long, fait de droit, de mémoire et de maîtrise des preuves.
Lorsque la branche bretonne des Serizay se trouve inquiétée dans sa noblesse, la situation est grave. Il ne s’agit pas d’un simple débat de préséance, mais d’une remise en cause profonde : statut social, exemptions fiscales, accès aux charges, avenir des descendants. Beaucoup de familles, même anciennes, auraient cédé.
Les Serizay, eux, engagent une procédure complète, lourde, coûteuse, exigeante — parce qu’ils en ont les moyens intellectuels et documentaires.

Renée Prioul agit ici en parfaite héritière de la Robe. Elle sait que la noblesse ne se proclame pas : elle se démontre. Elle sait aussi que cette démonstration ne peut être improvisée. Elle repose sur des générations d’actes conservés, de filiations claires, de services rendus, d’alliances lisibles. Rien de ce qu’elle produit n’est nouveau ; tout est déjà là, prêt à être mobilisé.
Et sa force tient précisément à cela : elle n’invente rien. Elle rassemble, ordonne, articule. Baptêmes, contrats de mariage, sentences anciennes, enquêtes, enregistrements d’armoiries, services militaires, charges exercées — chaque pièce trouve sa place dans un édifice cohérent. La procédure n’est pas seulement une défense : elle est une mise en lumière.

Ce moment révèle pleinement ce que la maison Cerizay / Serizay est devenue au fil des siècles. Une famille capable de faire dialoguer Robe, Épée et Église ; une maison dont la branche aînée conserve l’éclat des titres et des charges royales, tandis que la branche puisnée, implantée en Bretagne, en prolonge la légitimité sur un autre territoire. Renée Prioul n’agit pas seule : elle agit au nom de cette continuité.
Il faut également souligner le courage et la détermination que suppose une telle démarche. La procédure est longue, coûteuse, éprouvante. Elle exige une confiance absolue dans la solidité de l’ascendance. Renée Prioul engage non seulement son présent, mais l’avenir de ses enfants et de toute leur descendance. En cela, elle ne défend pas seulement un statut : elle transmet.

Lorsque la noblesse est finalement reconnue et confirmée, ce n’est pas une victoire personnelle. C’est la reconnaissance officielle d’une réalité ancienne. L’administration entérine ce que l’histoire familiale avait déjà construit. La preuve rejoint le rang ; le droit rejoint la mémoire.
Ainsi, Renée Prioul apparaît comme la gardienne d’un héritage invisible mais décisif : celui de la preuve comme culture familiale. Par son action, elle révèle que la noblesse des Serizay n’est ni une façade ni une survivance fragile, mais le fruit d’une longue discipline sociale, juridique et mémorielle. Elle referme le cycle en donnant à la branche bretonne ce que la maison avait toujours possédé : la certitude de sa place.


Conclusion généraleUne maison, une continuité, une mémoire

Au terme de cette étude une certitude s’impose : la famille Cerizay / Serizay ne peut être appréhendée comme une succession de figures isolées ou comme une noblesse recomposée par opportunité. Elle apparaît, au contraire, comme une maison ancienne, structurée dès l’origine par une culture de la continuité, du droit et de la transmission.
L’examen croisé des trajectoires de la Robe, de l’Épée et de l’Église révèle une stratégie familiale cohérente, jamais ostentatoire, mais profondément efficace. La Robe lui assura la maîtrise des règles et la conservation des preuves ; l’Épée lui conféra l’éclat, l’accès au pouvoir et la reconnaissance royale ; l’Église lui garantira la durée, l’enracinement et la respectabilité morale.
Ces trois dimensions jamais ne s’opposèrent : elles se sont toujours soutenues et répondues.
La division de la maison en deux branches, l’une demeurée en Anjou sur la terre originelle de Cerizay, l’autre implantée en Bretagne autour de Grillemont, ne constitua pas une rupture. Elle fût l’expression d’une capacité d’adaptation à des contextes politiques différents. L’aînée conserva ainsi l’éclat des titres et des charges majeures ; la puisnée prolongera, ou créera, sa propre légitimité lignagère sur un autre territoire, parfois au prix d’une discrétion accrue il est vrai, mais jamais d’un renoncement volontaire.
Au contraire.

Dans ce cadre, la perte temporaire de la particule « de » par la branche bretonne ne saurait être interprétée comme une déchéance. Elle n’affecta ni la réalité de la noblesse ni la conscience de l’appartenance. Les armoiries, les alliances, les possessions foncières et les pratiques sociales en témoignèrent très longtemps avec constance. La noblesse, ici, ne se réduira jamais à un signe nominal : elle se manifesta toujours par des comportements, des responsabilités et une mémoire entretenue. L’action de Renée Prioul, à la charnière des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, viendra cristalliser cette histoire longue. En engageant la procédure de réhabilitation nobiliaire Renée ne cherchera pas à créer un droit nouveau, mais à faire reconnaître officiellement une réalité déjà multi séculaire. Sa réussite tiendra surtout à la solidité de l’héritage qu’un matin par son union elle reçue, et qu’elle saura mobiliser et défendre : un héritage de preuves, d’actes et de filiations claires, patiemment accumulées sur plusieurs siècles.
Ainsi se dessine aujourd’hui le portrait d’une noblesse qui ne fut ni fragile ni décorative, mais toujours structurelle. Une noblesse qui traversa les mutations politiques, les changements territoriaux et les crises administratives sans jamais perdre son identité. Une noblesse qui ne s’imposa pas par le bruit, mais par la durée.
L’histoire des Cerizay / Serizay rappelle enfin que les grandes dynamiques de l’Ancien Régime se sont toujours lues aussi dans les trajectoires locales. À travers Grillemont, Landeboulou, l’Anjou et la Bretagne, c’est une même dynastie qui se déploie encore aujourd’hui, une maison hier seigneuriale qui démontre que la petite histoire, lorsqu’elle est rigoureusement documentée, éclaire toujours la grande.