
✦ Épiniac, carrefour des Villicus, des Baderon et des Lanvalei ✦
Charte n°6.
Les chartes de Vieuville révèlent une paroisse où s’entrelacent terres, dîmes et familles : Épiniac, à deux pas de Dol.
Dans une première charte, nous voyons Johannes Villicus de Dol, avec ses frères Hamon, Eudes et Olivier, ses deux sœurs et son épouse, céder aux moines de Vieuville une dîme héréditaire sur les vignes de Dol.
L’acte est d’autant plus remarquable qu’il prévoit que même si les vignes disparaissaient — laissées incultes, converties en champs ou rendues à la forêt — la dîme resterait due.
C’est une clause de prévoyance : le droit monastique s’attache non à la culture, mais à la terre elle-même.
Une autre charte nous montre Gervais Baderon, frère de la mère d’Alain et de Jehan de Lanvalei, et futur époux de Dionisia Villicus, au moment où il quitte le siècle pour prendre l’habit de moine à Vieuville.
À cette occasion, il donne :
– toute sa dîme de La Bocat (c’est-à-dire La Boussac, proche d’Epiniac),
– toutes sa dîme sur village d’Herbert avec toutes ses appartenances,
– et la dîme de la moitié de La Ville Hervé, village d’Épiniac encore existant aujourd’hui.
À cela s’ajoutent d’autres biens confirmés : les prés et ruisseau de Travidal, et le quart des terres Harelia hormis les étangs de celle-ci.
Or, ces mêmes étangs d’Harel appartiennent à la maison de Lanvalei. Nous savons que Jehan de Lanvalei, neveu de Gervais, en possédait la totalité, transmise par désistement de son neveu Hamon, fils de son frère aîné Alain.
Ce Hamon céda non seulement ses étangs à son oncle Jehan, mais aussi la paroisse de Little Abington, en Angleterre.
Voilà l’évidence : les mêmes biens circulent au sein de la parenté, divisés puis redistribués au gré des successions.
Et cette circulation même confirme que la mère de Jehan et d’Alain, était bien une enfant née Baderon : autrement, comment les étangs Harel, assis sur la terre d’Harel bien de Gervais Baderon, seraient t’ils revenues à son fils aisné, Alain de Lanvalei, mêlés à celles de ses frères, à savoir Gervais et Guillaume filuis Alain ?
Tout devient clair :
– Les Villicus, par Johannes, incarnent la charge héréditaire de Voyer de Dol.
– Les Baderon, par Gervais, Jean et Nicholas, possèdent et transmettent villages et dîmes en Épiniac, La Boussac et Harel.
– Les Lanvalei, par leur propre mère, héritent directement d’une part de ces mêmes biens, à savoir les étangs d’Harel, confirmant ainsi leur filiation Baderon.
Et le mariage de Dionisia Villicus avec Gervais Baderon vient sceller cette intrication : deux lignages d’Épiniac, déjà liés par les terres et les donations, s’unissent par le sang.
Épiniac apparaît ainsi comme le carrefour des maisons Villicus, Baderon et Lanvalei : une paroisse où les chartes révèlent la logique profonde des successions médiévales — la division et le partage des mêmes biens entre frères, sœurs, oncles et neveux.
Et derrière ces successions, ces partages et ces dons, c’est un nom de femme qui ressurgit :
Alveve (?) Baderon, mère des seigneurs de Lanvallay (Cette Dame , née Baderon, aura avec Heymeri aussi une fille Alvève, femme et compagne du très riche seigneur breton Simon Lebret celui-ci seigneur de Wrangle, sur la Côte est d’Angleterre. Aurait t’il été possible que leur mère à tous trois ait été aussi prénommée Alvève ?
Charte latine :
Omnibus christi fidelibus ad quos presens scriptum pervenerit R.de Albineio salutem. Noverit universitas vestra quod Gervasius Baderon ab renuncians seculo, et suscipiens habitum reliogionis in Veteris villa; dedit eidem abbatie in perpetuam elemosinam liberam ommine et quietam totam decinam suam de Labocat , et tam villam Herbert ex integro cum omnibus pertinentiis suis et totam decimam medietatis Ville Hervei. Concesserunt autem hec omnia et omnes elemosinas de feodo suo videlicet prata de Travidal et quartam partem Harelterie, et omnes alias quas habebant monachi de feodo ancessorum suorum , Joannes fratre ejus et Nicolaas soror eorum, et Johannes de Moscon maritus ejus, et omnes pueri ipsius Nicholae. Hujus donationis testes sunt M.abbas ; G.Prior; Denoales et R. de Passibus monachi; G.Barbot; R.Bardol et R. de Combor milites et multi aliis hoc autem donum quia de feodo meo erat, et volui fieri firmum et in perpetuo permanserum. Concedente uxore mea. M. sigillismei defensione roborari.
Traduction française
À tous les fidèles du Christ qui liront le présent écrit, Raoul d’Aubigné (Radulfus de Albineio) salue.
Que tous sachent que Gervais Baderon, renonçant au siècle et prenant l’habit religieux à Vieuville, a donné à ladite abbaye, en pure et perpétuelle aumône, libre et franche à jamais :
– toute sa dîme de La Bocat,
– le village d’Herbert en entier avec toutes ses appartenances,
– et toute la dîme de la moitié de La Ville Hervé.
Ces dons furent aussi confirmés par ses proches : Jean, son frère, Nicholas, sa sœur, son mari Jean de Moscon, et tous les enfants de ladite Nicholaa, qui approuvèrent également toutes les autres aumônes faites de leur fief — à savoir : les prés de Travidal, le quart de Harelterie, et tout ce que les moines tenaient déjà du fief de leurs ancêtres.
Les témoins de cette donation furent : l’abbé M., le prieur G., les moines Denoales et R. de Passibus, les chevaliers G. Barbot, R. Bardol et R. de Combor, et beaucoup d’autres.
Et moi, Raoul d’Aubigné, parce que ce don relevait de mon fief, je l’ai voulu ferme et stable pour toujours, l’ayant confirmé de l’accord de mon épouse et affermi par mon sceau.